mercredi 16 février 2011, par

Académisme
Comme certains cinéastes américains possèdent nombre de ficelles pour réussir des classiques instantanés de la comédie indépendante, comme les scribouillards les plus rentables connaissent l’art et la manière de boucler un best-seller en quelques artifices chapitrés, il semble désormais acquis que l’application de quelques formules surlignées permettra d’ouvrir, à beaucoup de formations indie-rock sans ambitions démesurées, les portes d’une reconnaissance suffisante à l’échelle de la blogosphère et des salles de concert de moins de cinq cents places.
Treefight for Sunlight, groupe au nom aussi frais que le propos, l’a bien compris et vous résume en un disque la recette de son succès...
1) Usez et abusez des harmonies vocales, c’est ce qui plaît le plus aux étudiants en infographie. Soit que vous optiez pour le côté organique des Fleet Foxes (A Dream Before Sleep), soit que vous préfériez la complexité narrative de Grizzly Bear (The Universe Is a Woman, Riddles in Rhymes), voire un savant mélange des deux pour bien faire, c’est là l’ingrédient le plus essentiel pour vous faire bien voir par Pitchfork.
2) N’hésitez pas à ensoleiller vos morceaux à coups de rythmiques gentiment tribales et de guitares légèrement épicées à l’afro. Prenez exemple sur Vampire Weekend et ajoutez quelques discrets sifflements (You & the New World) pour vous assurer de faire fondre les filles, d’Afrique comme de partout.
3) À l’occasion, préférez le soleil moins brûlant de Californie, que vous n’aurez crainte de toiser jusqu’à le dompter (Facing the Sun). Ainsi, à la première manière de MGMT ou des Ruby Suns, vous opterez pour un psychédélisme sucré, porté vers les aigus, feignant d’hésiter entre humeur élégiaque et joie de vivre béate (Rain Air).
4) Cependant, sans jamais tourner le dos à la légèreté (What Became of You and I), laissez-vous de temps à autre entraîner par vos pulsions et, loin de tout calcul, perdez-vous dans une jam kaléidoscopique en compagnie d’Animal Collective (Tambourhinoceros Jam), clôturez un morceau par une transe bénigne (They Never Did Know) et, si vous vous en sentez le courage, signez un vrai grand titre tourneboulant pour clôturer votre album (Time Stretcher).
5) Cerise sur le gâteau : si en plus vous venez de Scandinavie au sens le plus large, vous aurez pour vous une caution exotique supplémentaire. Bon, tout le monde n’a pas la chance d’être islandais, mais dites-vous que la nationalité danoise fera dans ce cas aussi bien l’affaire. Avec un peu de chance, cela vous vaudra d’élogieuses comparaisons avec Efterklang et autres Slaraffenland – mais choisissez tout de même un patronyme plus passe-partout.
Fort de tous ces précieux conseils, ne manquez pas à votre tour d’écrire, enregistrer et publier un album agréable d’indie-rock académique. Les connaisseurs ne manqueront de venir vous applaudir lors de votre prochain passage dans les salles obscures ou les podia des festivals. Avant de passer à autre chose, cela va sans dire.
Difficile de concevoir une carrière parallèle aussi éloignée de son groupe de base que celle de Louis Jucker en marge des saignants Coilguns. On n’avait pas appréhendé cet écart au moment de relater Suitcase Suite et le croiser plus tard derrière l’album d’Elie Zoé. Mais on en prend toute la mesure avec cet étrange objet.
Désolé d’avance pour la longue mise en place, mais cet album, ou ce (…)
Le plaisir musical vient aussi de l’inattendu, de variations qui semblent infinies à partir de choses connues. C’est un peu ça qui nous a plu chez le Suisse Thomas Schmidiger. Sa voix assez assez expressive, plus proche des standards soul à la Benjamin Clementine que des organes typiques du landerneau indé alors que musicalement on est sur quelque chose de plus oblique et atmosphérique.
Il a (…)
Quelques semaines après la sortie de cet album, vous en connaissez sans doute la genèse mais pour la traçabilité, rappelons qu’un soir de 2023, en concert à Atlanta, la voix de Patrick Watson l’a complétement lâché. Et pas qu’un peu, il s’est retrouvé muet du jour au lendemain avec peu d’espoir de guérison. L’idée d’un album chanté par des artistes féminines a alors germé et une fois sa voix (…)
Le nom de ce groupe polonais signifie ‘Embrasse-moi’ en esperanto et on peut dire que ce caractère direct se retrouve un peu sur cet album. Il montre en tous cas une belle agilité pour mêler des aspirations un peu froides à des envies plus brouillardeuses. Ce ne sont certes pas les premiers à tenter et réussir le crossover (on pense à The Day) mais ils apportent leur propre touche, à la fois (…)