mardi 13 septembre 2011

Hospitalité
La maison des loups est une maison hantée. Par les fantômes de Mazzy Star et de Cat Power, à moins que ce ne soit l’esprit de Joni Micthell. Par la même beauté que celle qui traverse, quasi surnaturelle, les disques bouleversants de Boy & the Echo Choir. Par la fragilité qui préside aux destinées douloureuses. Par des cuivres si mutins, des cordes si secrètes, qu’on les jurerait translucides. Par les à¢mes trop rares qui auront osé s’y risquer et qui jamais, au grand jamais, ne voudront en sortir.
Dans la maison des loups il y a d’abord une voix sans à¢ge, qui berce son spleen sur des mélodies d’un autre à¢ge. « Kiss me like it’s the fifties » : on devine le jukebox et le peigne toujours prêt dans la poche revolver, un baiser au goà »t de milk-shake échangé sur un drive-in. On est étreint par la nostalgie d’une époque qu’on n’a pas connue, le fantasme d’une vie de liberté nocturne, à écouter les accords rugueux d’une guitare sans trucages. On sait que ce genre de dépouillement ne passe pas l’épreuve de la médiocrité, qu’il doit se frotter à des chansons imprenables.
La maison des loups est une cour des miracles. Elle est peuplée de titres en guenilles qui gardent la tête haute. Et les miracles se produisent à tout moment, perçus comme tels dès lors qu’on prend conscience qu’il faut plus qu’une dose indécente de talent pour toucher, dix fois sur dix, à la grà¢ce absolue ; il faut posséder un pouvoir magique, avoir vendu son à¢me aux anges. Dans la modestie des moyens, l’idéal de perfection se dessine en traits moins ambitieux mais ne s’atteint pas plus facilement.
Dans la maison des loups, tous les visages se ressemblent mais chacun est plus beau que l’autre. Tous nous accueillent avec l’humble sentiment de n’être rien, des larmes au fond de la gorge et des craquements dans l’oreille. Leur générosité, pourtant, coule de source. C’est là un don bien précieux qu’il faut cultiver comme on le cultive depuis la nuit des temps, une nouvelle idée de l’hospitalité. Il n’y a alors plus à craindre de se perdre dans les bois : les loups, dans leur logis, n’attendent qu’à nous donner le gîte.
L’album de House of Wolves a été tiré à cent exemplaires encore trouvables ici.
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