Accueil > Critiques > 2014

Morrissey - World Peace Is None Of Your Business

mardi 5 août 2014, par marc


Non, on n’attend strictement plus rien de Morrissey. Ce n’est pas avec stupeur et tremblement qu’on l’aborde, mais avec un peu de curiosité. Ceci est son dixième album depuis le split des Smiths, donc il serait malvenu de guetter la surprise. Surtout qu’on s’est maintenant habitués à être légèrement déçu ou légèrement plus content que prévu. On lance l’album, on est déjà chez soi. Surtout que si le dernier exercice studio date de 5 ans, on avait un peu manqué de temps pour évoquer son fort plaisant live de l’an passé et son autobiographie attend des jours de vacances sagement sur la pile.

A 56 ans, il ne va pas risquer le changement de cap et ses obsessions sont bien connues comme le végétarisme (I’m Not A Man/I would never eat an animal sur I’m Not A Man) ou la défense des animaux qu’on retrouve au détour de The Bullfighter Dies (Hooray the bullfighter dies/But nobody cries/because we all want the bull/to survive). Sur ce morceau d’ailleurs, on retrouve un autre tic présent sur ses albums précédents, à savoir le goût de l’espagnolade. Ce qui peut donner un peu de pêche (Earth Is The Lonelinest Planet of All) ou au contraire conférer un côté un peu ‘thé dansant’ à la dernière minute de Staircase at the University. C’est d’autant plus dommage qu’on y retrouve cette propension à lâcher quelques cruautés avec un ton détaché, dandy et presqu’enjoué (Your daddy says/If you don’t get three A’s/You’re no child mine/And as far as I’m concerned you’re dead).

On sourit aussi quand on constate qu’il a finalement peu souvent sonné autant comme les Smiths que sur Istambul. Epoque oblige, le son est trop étoffé, avec plein de couches de plein de choses. Ce n’est pas How Soon Is Now, certes, mais c’est ce qui s’en approche le plus. Le même rapprochement peut être fait avec Oboe Concerto. Et à tout prendre, c’est plus plaisant que ses tendances ibériques, a fortiori quand la rime riche n’est pas des plus inspirée (Gaga in Malaga/No mercy in Murcia). Ajoutons pour faire bonne figure qu’il assaisonne son name-dropping sur la beat generation (Neil Cassidy Drops Dead) d’un peu de (pas si) grosse guitare et qu’on aime aussi l’ampleur retrouvée de Kick the Bride Down the Aisle.

Un album de Morrissey plutôt dans sa bonne moyenne donc, qui sera gratifiant pour les habitués qui ne regretteront pas le voyage mais n’arrivera sans doute pas à convaincre les réticents. Du pur Morrissey on vous dit.

    Article Ecrit par marc

Répondre à cet article

  • The Divine Comedy – Rainy Sunday Afternoon

    Découverts la même faste année 1994, Pulp et The Divine Comedy constituent toujours des repères 31 ans (ouch...) après. Le hasard veut qu’ils nous reviennent tous deux en 2025, dans une bonne forme qui semble imperméable au passage du temps.
    Le côté résolument hors du temps, hors de ce temps plutôt, facilite sans doute la prise d’âge de la musique de Neil Hannon. Le talent faisant le reste. (…)

  • Pulp – More

    Non, je n’aurais jamais pensé critiquer l’actualité d’un groupe comme Pulp (on en avait parlé ici pourtant). On craint d’ailleurs souvent ces retours venus de nulle part tant la fibre nostalgique permet de plans marketing. Personne ne pense une seconde qu’Oasis se reforme sur des bases artistiques et pour proposer du matériau neuf et excitant.
    C’est dans ce contexte un peu suspicieux que (…)

  • Snapped Ankles – Hard Times Furious Dancing

    Dansante et hédoniste, la musique de Snapped Ankles se veut une distraction volontaire, un mécanisme de survie assumée plutôt qu’un aveuglement négation. Et c’est vraiment vital ici et maintenant. La danse comme manière de rassembler et d’évacuer. Pourquoi pas, surtout que ça n’inhibe pas l’action par ailleurs.
    Surtout que sur le cinquième album de la formation londonienne n’est pas (…)

  • Squid – Cowards

    En matière de critique, tout est question de perception. Certes, on tente de définir le contexte, de placer une œuvre dans une époque au moment où elle se déroule (oui, c’est compliqué) mais souvent, on essaie en vain de définir nos affinités électives. Et puis si on n’arrive pas à expliquer, rien ne nous empêche de partager. Ainsi, on a adoré tout de suite ce que faisait Squid. En alliant (…)