lundi 26 septembre 2016, par

Il est curieux de se rappeler qu’à la base, Shearwater est un projet imaginé par Will Sheff et Jonathan Meiburg pour assouvir leur envie de musique intimiste. Jet Plane and Oxbow, la tournée qui a suivi et la reprise intégrale de Lodger montre à quel point l’idée de départ a progressivement dévié pour se retrouver sur le plan d’un rock spectaculaire magnifié par la voix de Meiburg.
A l’opposé, le groupe de base qu’était Okkervil River est resté plus fidèle à ce qu’il faisait au départ, quitte à donner selon l’humeur des albums plus flamboyants ou intimistes. C’est clairement la seconde tendance qui est présentée ici, et le successeur du brillant et autobiographique The Silver Gymnasium ne ressent que rarement l’envie de sortir de sa coquille. Pourquoi en sortir d’ailleurs, on y est si bien. Si Jonathan Meiburg a une voix assez exceptionnelle qui maintenant le pousse à se lancer dans des morceaux taillés pour sa puissance, Will Sheff semble tester tous les moyens d’être touchant et intense tout en n’ayant pas le même don de départ.
On est donc content de retrouver une douceur et une humanité qui nous avaient un peu manqué sur les dernières productions de Shearwater. Le groupe qui l’accompagne a bien changé, ce qui est un autre point commun avec son ancien comparse. Il a changé à un tel point qu’il commence par un Okkervil River R.I.P.
A l’instar de la musique qui reprend vie au fur et à mesure du morceau, cet album n’est pas étouffant. On retrouve la traditionnelle dose d’auto-dépréciation parce que bon, il ne se refait pas non plus. Sans doute que leur inexplicable sous-estimation en est une des causes.
Pour le reste, si leur constance n’est en tous cas jamais prise en défaut et que cet album est très réussi, il marque aussi un virage réussi vers moins de rock, de guitares et de morceaux directs. C’est assez marqué sur le long You Can Call Yourself Renée. Certes, il faut tendre l’oreille pour constater que le fond est plus subtil, avec des violons, d’habituels chœurs, certes, mais maintenant assurés par une certaine Marissa Nadler (tout premier choix donc)
Il semble que pour Will Sheff ce soit le temps du bilan, avec ce sentiment d’opposition au monde entier, tout en gardant ces morceaux très proches de ce qu’on a tant aimé. Ce qui favorise l’empathie et nous rend perméables à cette mélancolie
Do you remember, baby, back in ’96 ?
When some record was enough to make you raise your fist ?
When some singer’d make you sure that you exist ?
Well, I never thought I’d feel like that again
Just let go
Le Lancinant Judey on a Street est servi sur un lit de violons et de cuivres. Et cette fille dans la rue pourrait être une personne disparue dans cette chanson circulaire. Comes Indiana Through The Smoke évoque quant à elle la disparition de son grand-père. Ce ton rend rend cet album assez lent, surtout en son milieu après un début assez fort. La discrétion de cette musique nécessite donc un peu d’investissement parfois. Parfois seulement parce que l’engagement de Will Sheff est toujours l’attraction de ces morceaux qui en deviennent plus intenses comme le grand et ample Frontman In Heaven).
Moins spectaculaire vu de loin, cet album d’Okkervil River marque sans doute un tournant dans la carrière du groupe et de son leader Will Sheff. Nouveau départ sans doute mais aussi dans la continuité parce que même avec un line-up sévèrement remanié, cet album est un album d’Okkervil River pur jus. Le son est moins rock sans doute mais l’humanité qui s’en dégage une fois encore nous les rend si précieux.
Ce n’est pas un phénomène nouveau, la perception d’un album est très liée à l’attente. On ne va pas affirmer qu’elle n’était pas élevée à l’annonce d’un nouvel album de Midlake, surtout qu’ils n’ont jamais été qu’impeccables mais près de 18 ans ont passé depuis The Courage of Others. Qui reste peut-être leur sommet et ce genre d’émotions-là n’ont plus été atteintes à l’identique.
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