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Human Song - Blue Spaces

lundi 4 juin 2018


Les références citées par un groupe sont souvent un déclarations d’intentions qui en disent plus sur leurs auteurs qu’ils ne donnent une indication sur le résultat. Dans le cas du duo français Human Song, on retrouve quelques références maintenant vintage (PJ Harvey, Björk, Tori Amos) alors que ce qu’on y entend est finalement plus proche d’artistes bien contemporains comme Anna Von Hausswolf. Evidemment, la Suédoise a un peu tué le game avec ses deux derniers albums mais ce serait dommage de se priver de ceci pour cette seule raison, surtout pour ceux qui apprécient la lourdeur d’un climat patiemment installé.

Ce n’est qu’un contexte bien évidemment, mais la démarche de Jane Lake et Mathew Corner (Français sans doute, ce qui nous vaut parfois une pointe d’accent occasionnelle et jamais dérangeante) est intéressante. Sans doute pour casser la banalité d’un enregistrement studio, ils se sont lancés dans le projet Live Au Centre de La Terre qui les a vus enregistrer (trois morceaux présents ici et quatre inédits) un live dans un véritable gouffre pour un résultat assez ample. Ceci est le rassemblement de pièces écrites et jouées pour plusieurs spectacles et le résultat, loin d’être une simple apposition, est marqué par une grande cohérence.

D’ailleurs, le séquencement est étudié et en fait un ‘vrai’ album à écouter comme tel. Ils se permettent donc un discret échauffement sur Blue Spaces qui monte sur son chorus. Il faut prendre patience, l’album n’a pas encore pris définitivement son envol. Il vient avec West qui pourra être comparé avec la Suédoise susmentionnée mais avec un cà´té plus ‘pop’ les différenciant clairement.

La bonne nouvelle, c’est une belle sobriété qui confère une certaine classe à Four Doors. La tentation d’en faire trop doit pourtant être manifeste pour un genre qui flirte avec le lyrique. Mais même quand le ton pourrait être rapproché du gothique (The Amazon), la voix qui déclame n’apparait pas comme exagérément exaltée, comme si elle savait que le charme de ce morceau est dans sa belle lourdeur et son final plus exaltant. This Is Not a Song For War ne là¢che pas inutilement les chevaux et distille une montée languide, facilitée par les plus de dix minutes du morceau. Les amateurs de post-rock misant sur la lourdeur seront certainement contents.

Les instrumentaux ne prennent pas toujours l’auditeur dans le sens du poil (Hunter’s Procession) mais n’atteignent pas l’à¢preté de, disons, Jamie Stewart pour reprendre un exemple récent. Cette intransigeance est tout à leur honneur et maintient le niveau de l’album qui peut aussi s’exprimer simplement au piano (Mirrors).

Un peu passéiste dans ses références mais heureusement pas dans sa musique, Human Song trouve le bon ton entre une émotion qui apparait et un amour du show qui jamais n’en fait trop. Le résultat est donc suffisamment spectaculaire sans être pompier et plaira à ceux qui aiment qu’une ambiance s’installe.


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