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The Good, The Bad & The Queen - Merrie Land

lundi 10 décembre 2018, par Marc


Le concept même de super groupe est un peu suranné mais cette version-ci a une pertinence qu’on n’a pas toujours retrouvé ailleurs. On le confesse, on n’a pas suivi toutes les évolutions de Damon Albarn qui se place quand même comme un des musiciens les plus influents de la planète mais on sait qu’il est un auteur rare. L’utilisation de cette formation-là en particulier est très significative. On le rappelle, le projet regroupe autour de Damon Albarn (Blur, Gorillaz…) le guitariste Simon Tong (The Verve, Gorillaz), le batteur afrobeat Tony Allen (Fela Kuti et tant d’autres choses...) et le bassiste de The Clash Paul Simonon.

Ceci est très anglais donc. Pas à travers une série de clichés qui ne s’appliquent pas ici mais on peut déceler The Clash comme l’inévitable figure tutélaire. Merrie Land est un album bâti sur une adversité, dans un contexte des plus troublés et choisir ce projet-là pour Albarn (qui en a des pelles d’autres) est déjà très révélateur. La Grande-Bretagne du Brexit est en effet le sujet de cet album. Notons pour être complet que ce n’est plus Danger Mouse qui est à la production de celui-ci mais Tony Visconti qui a produit treize albums de Bowie dont la trilogie berlinoise, Scary Monsters et Blackstar et plein d’autres.

Les intentions c’est très bien, une collaboration prestigieuse (c’est un euphémisme) aussi mais ça ne suffit pas à faire un bon album. Du premier on avait retenu cette longue jam qui est ce que font des gens de talent qui se réunissent. Le propos est ici bien plus resserré et on sent qu’on écoute l’œuvre d’un groupe avec un son propre, pas une simple réunion au sommet de talents qui s’ennuient.

This is not rhetoric/It comes from my heart/I love this country.

Ce n’est pas un album nostalgique d’une Angleterre fantasmée mais un constat d’échec qui ne passe pas. D’un bout à l’autre on sent la rage rentrée d’Albarn et on notera que si musicalement, le ton ne monte jamais, c’est son implication en tant que vocaliste qui module l’émotion. Merrie England est évidemment un titre un rien ironique, amer sans doute et le thème de la séparation est inévitable et récurrent.

So rebuild the railways/Firm up all the roads/No one is leaving/Now this is your home

Le charisme d’un album est particulièrement compliqué à définir et celui-ci en distille, indéniablement. La section rythmique est évidemment prédominante mais n’en fait pas des caisses, la confiance leur permettant une relative retenue. Evidemment, un certain éclectisme est de la partie, celui qui puise sa source dans Sandinista. En plus de la reconnaissable voix d’Albarn, on sent la patte d’Allen (Nineteen Seventeen) et Simonon, Tong restant fidèle à sa réputation de caméléon. Quand on a un line-up pareil on le met en avant, c’est logique.

Il arrive un moment où on lâche prise, où on n’écoute plus que de la musique et des chansons et là, on part avec eux. La dernière fois qu’on a ressenti ça sur ce genre d’album c’était sur le brillant premier album des Last Shadow Puppets. Bon, on n’atteint pas les mêmes sommets ici mais l’idée générale du ressenti est similaire. On profite alors en plein de la poignante balade Ribbons, du sentiment d’abandon de The Last Man To Leave distillé par des bribes de musique foraine. L’étrange Gun To The Head ne le sera pas trop pour ceux qui connaissent le Blur de Parklife et qui retrouveront ici le goût de la balade étrange mais sur un ton bien plus mélancolique que l’ironique aspect flashy de son illustre ancêtre. The Great Fire semble porter à lui seul le concept de dub dépressif.

Parce qu’il y a un talent qui est à la manœuvre et permet aux autres de s’exprimer, cet album a une direction, un sens, une tonalité unique qui combine la mélancolie du thème et de l’interprétation à un style d’un métissage certes pas nouveau (The Clash est passé par là) mais actualisé avec un bonheur certain. Les albums politiques de notre époque prennent donc des formes inattendues et c’est très bien comme ça.

On lui laisse donc le mot de la fin

If you’re leaving can you please say goodbye/And if you are leaving can you leave your number/I’ll pack my case/And get in a cab/And wave you goodbye.

Article écrit par Marc

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