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Pépite - Virages

vendredi 19 avril 2019


Paris est une ville de spleen. Brillante cité historique, elle est marquée au fer rouge par toute la littérature, tout le cinéma et la musique qui s’en servent comme contexte. On ne voit que New-York pour rivaliser en tant que ville-scène. Et si on cède sans concession à la mélancolie tenace de Pépite, c’est notamment parce que c’en est la toile de fond. La misère affective n’y est pas moins pénible qu’elle ne l’est au soleil d’Aznavour.

Le duo Pépite est un groupe parisien, viscéralement même et ce spleen en fait un disque de fin d’été sur la plage, du cocktail de trop et de ses conséquences. Mais point de glauque ici, c’est le contraire même puisque la musique est plutôt scintillante.

Après deux EP qui nous avaient bien plu, voici donc le premier album. Les présentations ayant été faites, on n’a plus besoin de temps d’adaptation, notamment à la voix très typée qui nous évoque plus du tout Jean-Louis Aubert (c’est très bien comme ça) mais plutôt Christophe dont ils semblent se placer dans la lignée.

On avait senti dès une belle session live que Flèches serait un bon moment de l’album, montrant en direct un savoir-faire manifeste. Les plus taquins trouveront à la basse bien placée un air de famille avec le Girls & Boys de Blur, ce qui n’est pas la première référence qui vient en tête quand on parle de chanson française. C’est cette guitare qui éclabousse qui est l’autre marque de fabrique, on la retrouvera avec bonheur à plusieurs moments de l’album.

Parce ce qui plait surtout, c’est la densité du son d’un Tant De Peine qui oblitère toute dérive vers la variété, même et surtout quand ils pourraient être plus passe partout que ce qu’on en avait déjà entendu. Pour le coup, on pourrait même parler de relecture hexagonale de la dream-pop. Dans le contexte de l’album, cette densité sonore est appréciable, rendant plus franches encore les attaques d’accords de guitare. On peut aussi penser que c’est le versant urbain des grands espaces de The Besnard Lakes. Autre contexte, autre résultat.

Alors oui, on est toujours sur le fil, entre plaisir coupable et plaisir tout court. On connaissait déjà Feu Rouge et son ton de slow de l’été sur une compilation vinyle. C’est une de leurs grandes aspirations, et c’est sans doute sur ce côté-là que la connivence se fera ou pas. Mais il faut nuancer, on ne peut pas non plus les considérer comme fascinés par les années ’70 comme une partie de la scène française (De Vincent Delerm à Benjamin Biolay en passant par Jeanne Cherhal ou Arnaud Fleurent-Didier). On les placera plutôt dans cette veine un peu synthétique et mélancolique comme la pratiquent aussi leurs compagnons de label (Microqlima) L’Impératrice ou Isaac Delusion.

On retrouve deux morceau de leur toujours recommandé premier EP (Les Bateaux et Hiéroglyphes) et ils constituent toujours un haut fait, comme la mélodie imparable de Monte-Carlo. Il faut dire aussi qu’on a peut-être ici trop peu de bons mid-tempos à basse bondissante comme Zizanie pour apporter de la variété. On peut passer à côté de Pépite pour plusieurs raisons bonnes et mauvaises, à vous de tenter de voir si vous partez comme nous partager leur spleen de ville lumière.


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