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Séance de Rattrapage #80 - De Marion, Tim Holehouse, m o k r o ï e

mercredi 20 novembre 2019, par Marc


De Marion - Down The Road Of Mainstream I Saw You, Canzone

Quelles sont les conditions pour faire un album de faux branleur ? C’est sans doute la question que s’est posée Dario Serra au moment d’enregistrer cet album. Il faut croire que lui et l’omniprésent Carlo Barbagallo (ils sont tous deux membres du groupe Suzanne Silver) ont trouvé la réponse parce que le ton détendu cache un album certes discret mais plus charpenté qu’il n’y paraît.

Il y a donc comme il est prévisible une voix un rien à côté mais pas trop, avec un fil ténu sur Frown mais qui est bien là. Même les sons sont floutés sur Sun Distorted You, faisant penser à un morceau de Deerhunter un jour sans café et se permettant un chorus plus intense qu’il n’ose l’avouer. Dany Boy est aussi bien plaisant à ce titre. Cette façon de faire ne tourne jamais au procédé et permet des variations comme des instrumentaux (Sburramento Fulmineo In La Minore), du rock forcément foutraque (God Put a Blind Flange In His Path), voire même une forme de mélancolie tindersticksienne (Spoon).

Il faut sans doute faire énormément d’efforts pour avoir l’air de ne pas en faire. Outre cette apparente contradiction, l’effet obtenu par De Marion est bien plaisant, forcément détendu et loin des obligations des modes.

Tim Holehouse - Come

Une belle voix grave, c’est toujours un atout. Celle de Tim Holehouse est de celles-là et n’en fait pas des caisses. Ce qui la rend moins typée que, disons, celle de Stuart Staples qu’on apprécie beaucoup par ailleurs. On pense plus à la simplicité désarmante de Bill Callahan quand peu de moyens sont convoqués (Numbers Game). A l’inverse, le côté plus policé et ample de l’album nous rappelle Jack, ce groupe trop vite oublié du milieu des nineties et c’est indéniablement élégant (Avairo).

Il parait que c’est un changement pour Holehouse qui pratiquait jusqu’alors un blues du delta un peu déviant. On n’a pas vérifié, mais il s’en éloignerait donc puisqu’avec une caisse claire et un violoncelle, il n’a pas besoin de plus pour rendre son guitare-voix intense (Numbers Game). Ce sont de belles cordes sombres qui structurent ce Prince of the Palace dédié à Bonnie Prince Billy et dont le côté hiératique et répétitif peut faire penser à des choses comme Sol Invictus. Placid Lake montre que les montées peuvent se faire en poussant la voix, pas le tempo.

Si Tim Hollehouse n’arrive pas à aligner les sommets comme les références citées (hors d’atteinte bien souvent), il est à conseiller sans réserve à ceux qui fréquentent ces artistes. Mais c’est suffisamment accessible sur la longueur pour ne pas devoir faire la moindre restriction.

m o k r o ï e - Machines & Soul

On avait déjà évoqué mokroïé, le temps d’un court EP qui reposait sur un concept reposant sur la musique et la photo. Voici un album en bonne et due forme. La voix qui nous accueille d’emblée sur We Can Make It Fit est grave, plutôt bien en place, mais on ne peut s’empêcher de penser qu’elle est indispensable. C’est une réflexion qu’on a déjà pu faire. Pourtant Allonymous a quelques très belles références à faire valoir puisque l’artiste originaire de Chicago a déjà enregistré, tourné avec The Cinematic Orchestra, Basement Jaxx, Jimi Tenor, et Tony Allen entre autres.

Le ton sentencieux, il faut qu’on y croie, c’est une question d’appréciation personnelle. Dans des genres connexes, les intervenants de Massive Attack sont toujours épatants, Faithless ou Archive peuvent se révéler crevants. On penche vers la seconde possibilité sur Put Your Hands In The Dirt. Pour l’anecdote, vous aurez droit à une relecture du morceau par Margeaux Lampley qui clôture l’album d’intéressante façon.

Vouloir se faire moins complexe rythmiquement, ce qui est une déclaration forte mais qui enlève sans doute un peu de subtilité à l’ensemble. Surtout qu’ils sont remplacés par des synthés flashy sur Guns Bless America. Comme souvent dans ce genre d’exercice, on préfère les morceaux instrumentaux comme Disoriented qui claque pas mal ou Mineral Landscape qui dégage tout de même un beau panache.

Article écrit par Marc

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