lundi 13 décembre 2021

S’il est communément admis qu’on peut identifier des amis à leur propension à nous décevoir, The Wooden Wolf n’en fait pas partie tant on n’a jamais été déçus par Alex Keiling. Il y a pourtant avant l’écoute une minuscule appréhension. Sera-t-on encore charmé ?
La voix éraillée et son humanité bouleversante sont toujours là . Le style reste, les différences sont à la marge et donnent une tonalité différente à chaque parution. Sur ce septième opus, on distingue des atours plus légers et on peut s’imaginer que Kurt Cobain aurait pu évoluer comme ça après le somptueux Unplugged. C’est la première fois que cette référence s’impose et il faut dire qu’elle est tenace (et pas désagréable non plus). Le mal-être de l’Américain n’est cependant pas restitué au contraire d’une ferveur qu’on apprécie toujours chez lui. Ses fantômes restent américains (John Fante’s Blues) et quand il s’attaque à un président (How I Killed Mr President), on l’imagine plus s’adresser à Truman qu’à Macron.
On quitte la tension pure de, disons Vic Chestnuttpour la beauté plus apaisée d’un Elliott Smith. Ces exemples sont volontairement pris à très haute altitude, là où on rencontre des artistes de ce calibre. Des arpèges qui peuvent d’ailleurs rappeler Leonard Cohen (The Ghost). La voix est éminemment différente mais on est à ce degré de classicisme-là . La sobriété des cordes étant même d’un niveau jamais atteint par le maitre canadien. Celles de Just To Be A Witness semblent plus un doux vrombissement d’ailleurs. Les morceaux ont pourtant été enregistrés à la Tascam 4 pistes (il y a du bouncing...) pendant le premier confinement. Ce genre de procédé ajoute un grain qui convient bien évidemment.
Et puis il y a ces morceaux, ces moments où ce qu’on aime déjà se voit confirmer par une intensité encore supérieure. I Don’t Know I Don’t Know est de ceux-là et on les ajoute à la longue liste de ce qui nous a chaviré chez lui. Il y a en effet ces mélodies qui frappent par leur limpidité (Just To Be a Witness). On ne s’étonne même plus que tant d’espace émotionnel soit investi par une voix et un arpège (Lonely Pants).
Il y a toujours une évolution, une particularité en passant d’un album à l’autre. Ici, c’est la douceur qui prime, tout en maintenant cette haute dose d’émotion qui nous liera toujours à lui. Bref, sept réussites en autant d’albums, la performance mérite toujours d’être soulignée.
On ne maintient pas ce genre de classement, mais il est clair que certains artistes ont toujours eu la cote et ont empilé les étoiles ici. Ce huitième album (c’est le ’Op.8 dans le titre) de The Wooden Wolf ne va pas refroidir notre enthousiasme à son égard comme on va le voir.
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