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Indochine : Alice & June

jeudi 24 août 2006, par Marc


Il faut bien commencer 2006 par quelque part. Alors pourquoi pas par un des plus gros vendeurs de l’hexagone ? Un double album qui ne m’est clairement pas destiné mais dont j’estime que les références sont suffisamment claires pour mériter une analyse. Et qui sait si en chemin on ne rencontrera pas quelque chose d’intéressant à écouter ou à en dire ? De plus, les gens qui passent ici préféreront lire une critique d’Indochine que d’Architecture in Helsinki. Ils sont comme ça, les gens. (encore que là, je m’avance sans doute trop)

Rock français. Le sale mot est lâché. Il semble qu’il y a une contradiction dans les termes dès le début. Beaucoup (Noir désir en tête) sont cependant parvenus à transcender cette pesante étiquette. Faire du rock ou supposé tel dans la langue de Voltaire relève du sacerdoce. En effet, il faudrait dans le meilleur des cas être à la hauteur de ce qui se fait en anglais (quel qu’en soit l’origine d’ailleurs) dans la musique et porter l’imposant fardeau de la longue tradition de chansons à texte. La tradition anglo-saxonne est moins exigeante à ce sujet (tout en ayant ses joyaux). Lisez les paroles des premiers Beatles un jour si le sourire vous manque. Ce qui déplaît ici par contre c’est l’apparent sérieux avec lequel le tout est débité. Par exemple, les paroles traduites en anglais et chantées par Morrissey de Gang bang pourraient-elles avoir de l’intérêt ? Faute de convaincre le divin Steven, on va dire que non, que même en Swahili ça ne passerait pas. D’autres écueils sont la voix et les intonations de Nicolas Sirkis sont très stéréotypées, affectées et systématiques. On a l’impression que ça lui échappe parfois (Les portes du soir, le chant catastrophique de Adora). Ca renforce d’autant l’impression d’écouter souvent le même morceau.

Si Indochine avait été un groupe d’état dans l’Albanie d’Enver Hoxja, où tout contact avec la culture non albanaise était prohibée, la génération spontanée d’un groupe comme celui-ci aurait mérité bien des égards. Mais dans une culture d’échanges, où l’information musicale circule librement, ça manque cruellement d’intérêt. Il n’y a pas vraiment d’équivalent à Indochine dans le paysage français ? Et alors ? En faut-il ? Faut-il un ersatz franchouillard à tout ce qui marche ?

Et quoi, ils ne connaissent pas Placebo, les gens ? Interpol et Editors ne sont pas en vente libre en France ? Ils n’ont pas accès à The Cure ? On casse les Albums d’Arcade fire à la frontière ? Sarkozy interdit The Organ ? Ce CD coûte le prix de n’importe quel autre (sauf promotion), donc pas de raison valable d’y investir comme nous allons le voir.

Mais que raconte Alice and June ? Une histoire d’amour, de perte et de promesse d’après ce que j’ai compris. C’est rare de nos jours de mettre un fil conducteur sur un double album. Le principal reproche qu’on puisse faire à cette abondance de titres (21 quand même plus l’inévitable morceau caché qui est une version anglaise de Pink Water) est l’uniformité qui pèse très vite.

Les collaborations sont rigolotes. Les Wampas apportent beaucoup à Harry Poppers (rien que le titre...). Brian Molko apporte sa crédibilité à Pink Water. Mais la juxtaposition des parties chantées par Nicolas ou Brian est cruelle. Ne serait la monotonie, la chanson en elle-même n’est pas mauvaise d’ailleurs. Le morceau d’Aqme par contre (Aujourd’hui je pleure - t’es pas le seul mon gars) est assez indigent. Laissons les adolescents à Kyo et tout ira bien. Car si je ne me vois pas stigmatiser le cynisme d’Indochine (je les crois sincères), la pose ’éternelle adolescence’ est assez pompante vu qu’il l’avaient déjà il y a plus de vingt ans. Il est un âge ou on a fait des choix d’orientation sexuelle et où on les assume. Les paradoxes à trois francs (voir florilège en appendice) aussi doivent être dépassés une fois la quarantaine atteinte.

Musicalement, Indochine n’a pas le début d’un commencement d’amorce de soupçon d’idée. Alors on met une guitare qui vrombit sur presque tous les morceaux. Et on branche une distorsion (mais pas trop) sur le refrain. Le son produit est loin d’être désagréable (loin de là, même), mais la pauvreté mélodique n’est pas compensée par une expérimentation (comme dans la noisy-pop, des Engineers à Sonic Youth pour ratisser très large).

Indochine n’a jamais été passionnant, il s’agit du révisionnisme léger qui envahit souvent le jeune trentenaire qui repense à la musique de son enfance. Le côté répétitif des lignes mélodiques est encore bien présent (Black page). On retrouve presque du punk parfois, avec une voix plus étouffée et ça apporte un peu de respiration (Vibrator). Parfois, ça fait plus de bruit et c’est presque intense (June, le refrain de Ceremonia). L’intensité vient parfois avec la lenteur. Mais ici non (Sweet dreams).

Les choeurs d’enfants (Ladyboy) sont vraiment hors propos (à part faire chanter le public en concert, c’est un public comme ça). La volonté de surfer sur le succès des Choristes ? Scala (pas celui de Milan) est un gros mot et doit le rester. Il ajoute du sucre superflu à Starlight.
Rassurons-nous, The Cure doit sortir un album cet été, on aura de quoi se consoler plus tard. On me dira que ça n’a rien à voir, que le look des Français n’est plus proche de celui de la bande à Robert Smith depuis le milieu des années ’80. Mais si vous êtes curieux, jetez une oreille sur le dernier opus éponyme de Cure. Vous verrez à quoi devraient ressembler ces comptines pour post-enfants pour être intéressantes. J’ignore si une confrontation aussi directe est pertinente dès le moment où le public visé n’est pas le même mais quand l’original est plus inspiré et subtil, la copie devient insupportable.

Si vous voulez du trip androgyne convaincant, allez vers Anthony and the Jonsons, fuyez ce porno-chic faisandé.
Au total, critiquer Indochine revient à critiquer les attentes de leur public. Faire un procès d’intention à ce dernier est non seulement vain mais un peu prétentieux voire malsain. Je terminerai donc en vous conseillant de vous orienter vers ce qui se fait de bien actuellement (par exemple dans les classements de l’année) plutôt que vers ce qui n’est finalement que de la variété haut-de-gamme et pas du rock (au sens très large) passionnant ni même intéressant. Pourquoi écouter du pas terrible quand l’excellent est au même prix ? Ca restera pour moi un mystère opaque du marketing... (M.)

Article Ecrit par Marc

P.-S.

PS : Désolé pour cette mollesse du sarcasme. Les choses sérieuses de 2006 peuvent commencer maintenant

Florilège de paroles superbes (authentiques) :
Je n’aime pas la Saint-Valentin/Je hais le monde entier (Bang gang)
Je partirai et je resterai seulement vêtu de toi (Pink Water)
Je réalise que j’ai mal mais que j’aime ça (Adora)
Ca fait quand même un mal de chien d’être bien (Adora)
Je me fais que du bien et je me fais que du sale, c’est normal
J’adore donner mon sang et j’en donne toujours le plus souvent
Pourquoi j’en donne aussi souvent que j’adore tant que ça fait mal (June)
Je suis comme un chat sur Mars qui ne reviendra jamais sur terre (Belle et Sebastiane)

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5 Messages

  • Indochine : Alice & June 16 octobre 2006 23:11, par sylvain

    à quoi bon ?
    Alice & june est un excellent album,mais c’est vrai indo ne laisse pas indiffèrent et si vs n’aimez pas alors passez votre chemin et cessez votre masturbation intellectuelle sur l’affreux nicola !!!! la réussite d autrui ne vous va pas "petit" français de base

    salut pauvre critique...

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    • Indochine : Alice & June 16 octobre 2006 23:29, par Marc

      A quoi bon critiquer des albums qu’on n’aime pas ? Oui, la questiuon mérite d’être posée. Si chaque fois qu’un album me laissait perplexe je le gardais pour moi, l’intérêt d’un site tel que celui-ci serait cependant compromis. Ma démarche de base était de chercher à comprendre ce que les amateurs trouvaient d’intéressant là-dedans. Je n’ai pas trouvé, je dois l’admettre à ma plus grande confusion.

      Si tenter de poser des arguments sur une syntaxe potable est de la masturbation intellectuelle, alors oui je la pratique. Au passage, ce n’est pas gentil d’écorcher le prénom de Nicolas (à qui je n’en veux pas personnellement)

      Le succès d’Indochine, outre mon incompréhension, fait de l’ombre à des groupes plus talentueux, et c’est en effet dommage.

      Dernier point, le "petit" français (sans majuscule, pourquoi ?) de base, est Belge. S’il s’agit de moi, bien entendu, la phréséologie ne m’a pas permis de le déterminer avec exactitude.

      Allez, bonne écoute quand même Sylvain

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      • Indochine : Alice & June 18 octobre 2006 13:26

        "...ce n’est pas gentil d’écorcher le prénom de Nicolas...". Cela en dit long sur la compétence des rédacteurs de ce site !

        Voir en ligne : http://fr.wikipedia.org/wiki/Nicola...

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      • Indochine : Alice & June 23 novembre 2008 14:11, par Indo sur ton étoile

        Je dis bravo les fautes, pour un ou une rédactrice, cela ne fait pas bien "professionnel"... "Je hais le monde entier (Bang gang)" : Gang bang serait plus approprié et il est assez important de s’informer avant une rédaction surtout sur l’orthographe du chanteur Nicola, qui s’écrit bien sans "s"... (Je ne vais pas faire toute l’historique de son prénom.)

        « Le succès d’Indochine, outre mon incompréhension, fait de l’ombre à des groupes plus talentueux, et c’est en effet dommage. » Qui es tu pour te permettre d’avancer qu’Indochine fait de l’ombre sur des groupes plus talentueux, si le public aime Indochine et ne se préoccupe pas des autres groupes c’est qu’il a une raison : Indochine semble mieux et donc ces groupes ne sont pas forcement plus talentueux, en cas contraire ils ne resteraient pas dans l’ombre… Chose qui semble plutôt logique… L’erreur grave d’un rédacteur est d’avancer sans aucune logique ou preuve…

        D’autre part si Indochine reste dans le même état d’esprit que se soit en music, en esprit ou en style c’est bien entendu que le groupe a sa propre personnalité, et c’est je pense ce qui fait que le groupe connaît toujours un tel succès il est fidèle à lui même et ne change pas pour une question de mode ou je ne sais quel autre argument… J’ai encore énormément à dire mais je pense que cela suffit…

        Pour terminer Indochine c’est quand même trois génération dans une même salle...

        PS : Va sur le site et vois ce qu’Indochine représente

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  • Indochine : Alice & June 4 janvier 2009 19:27, par No one to judge

    "Pourquoi écouter du pas terrible quand l’excellent est au même prix ?"

    If you must judge like this, shut up

    "Musicalement, Indochine n’a pas le début d’un commencement d’amorce de soupçon d’idée" -----> Are you deaf ?

    "i’m a little baby and i dont like this album but im a musical journalist too, so i can judge with one point of view and nothing more"

    Love&Respect little boy, and have a good day :)

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