mercredi 12 novembre 2025, par

In est remarquable de voir des artistes encore grandir après une carrière déjà établie. On avait quitté Anna sur un album instrumental entièrement à l’orgue. Prenant, très beau, mais un peu opaque pour un succès public très large. Elle qui a collaboré (et tourné) avec Swans et Sunn O))) semblait cantonée à une niche certes prisée, mais peu exposée. Sur foi ce cet Iconoclasts, elle peut revendiquer un nouveau statut tout en ne faisant finalement aucune concession musicale.
Les visuels des EP et de l’album voient des photos d’Anna jeune défigurées par des ajouts étranges, comme pour mieux tourner le dos à l’innocence, ce que le titre de l’album semble suggérer. Elle qui a subi de façon inexplicable les assauts de bigots français belges, elle semble assumer ce rôle antagoniste. Et elle s’éloigne aussi de tout cliché gothique, ce qui est en ligne avec sa musique.
L’orgue est évidemment bien là, comme garant d’une ampleur jamais démentie chez elle mais qui prend ici une nouvelle dimension. Notamment parce que les avant-postes sont aussi occupés par le saxophone d’Otis Sandsjö qui a aussi participé aux compositions et apporte une vraie valeur ajoutée à plusieurs morceaux. Notons que c’est le collaborateur de toujours Philip Leyman qui (co-)produit. On note aussi des cordes, c’est décidément fort riche.
Facing Atlas avait attisé l’attente même s’il est plus pertinent en porte d’entrée d’album qu’en tant que morceau individuel. On connaissait aussi le gros engagement de Stardust. Et ça reste d’une intensité dingue, sans doute le morceau le plus saignant de cet album qui l’est très souvent.
Elle a le discernement pour enchainer avec un morceau plus apaisé avec Ageing Young Woman avec Ethel Caine qui peut se targuer d’un joli succès malgré une musique qui tourne souvent (mais pas toujours) le dos au format pop. Une coopération de bon aloi. On aimerait en dire autant de la présence d’Iggy Pop qui garde toute notre sympathie. Depuis plusieurs années, il mâchouille des textes dans des collaborations diverses et variées et son croon forcé et gorgé de vibrato est un inutile gimmick mais qui ne gâche pas trop le plaisir.
La voix d’Anna, elle, pousse comme jamais, se présentant souvent comme une version gothique de Janis Joplin ou Florence Welch dans une messe noire. On sort de ce long album un peu essoré, certes, mais l’intensité de ce qui s’y raconte, de ce qui s’y vit et de ce qu’on y entend impose cette force. Et au passage, il y a une poignée de morceaux qui se placent d’emblée dans le panthéon de l’année. On compte les 11 minutes de la plage titulaire dans ces moments où la voix s’avère incontournable.
Elle ménage fort heureusement des respirations via des plages plus éthérées comme An Ocean of Time. Elle reprend son souffle et on replonge dans Struggle With The Beast et son final tout en cuivres qui est un des autres sommets. Spectaculaire, cet album de la Suédoise l’est résolument, à un tel point qu’il pourra dérouter certains fans de la première heure, que viendront sans doute rejoindre de nouveaux. C’est ce que mérite cet album monumental.
On le sait, l’Allemagne est un territoire de référence pour les musiques d’obédience cold. A ce titre, la présence du duo lillois (Ange Vesper et Guillaume Vanderosieren) sur le label Infacted Recordings (managé par Torben Schmidt) doit être vécue comme une jolie satisfaction. Ils se fendent d’un morceau à l’expression teutonne avec l’enlevé Schlafen ! (en bonus) qui forcément convient très (…)
On ne s’attaque pas à un album de Swans à la légère, on le sait. D’ailleurs, leur album précédent qui semblait plus accueillant de prime abord le rendait aussi moins intéressant.Ils semblent avoir changé d’avis et reviennent donc à une ampleur impressionnante, estimant sans doute qu’un goût de trop est préférable à un goût de trop peu.
Aucune chance de ‘trop peu’ avec le format d’abord, 7 (…)
Rien n’est plus plaisant que de constater l’évolution des artistes. On avait déjà rencontré l’univers particulier de Sophie Djebel Rose, apprivoisé son ton particulier, on apprécie d’autant plus la façon dont elle élargit elle-même son univers. Moins folk, plus franchement gothique, ce second album la rapproche d’artistes comme Anna von Hausswolff dont elle ne partage pourtant pas la rage (…)
Ce qui est étonnant avec les retours, c’est qu’on ne sait jamais combien de temps ils vont durer. Groupe actif dans les années ’80, ils étaient revenus il y a deux ans le temps d’un Echoing Reverie qui montrait un savoir-faire et une versatilité qui n’était pas à la portée du premier débutant. Ils sont donc de nouveau là pour de bon et on peut dire que les qualités perçues alors ne se sont pas (…)