mercredi 25 avril 2007, par

Le songwriting à la Française. Et c’est pas pour rire
On ne parle pas des masses de chanson française dans ces colonnes. Vous pourriez légitimement vous demander pourquoi. C’est que si le français est la langue dans laquelle on s’exprime le mieux, force est de constater que c’est rarement la langue utilisée dans les chansons qui nous agitent. Si j’éprouve une certaine sympathie pour les Cali, Bénabar ou autres Vincent Delerm, ce qu’on appelle pompeusement « nouvelle chanson française » alors qu’ils sont largement trentenaires, leur musique sent la naphtaline, si pas le sapin. Ca se passe comme ça. On parle d’orchestrations, pour bien signifier que la musique n’est qu’un emballage. C’est une vision tellement archaïque qu’elle cantonne les chanteurs hexagonaux à ne pas pouvoir exporter leur musique à cause de cette incroyable indigence musicale.
Même s’il est de cette génération-là, Florent Marchet est d’une toute autre trempe. Il n’y a qu’à voir les collaborations, elles sont à prendre dans les chanteurs plus anciens comme Miossec (sur le premier album), Dominique A et Katerine (présents sur celui-ci). C’est donc un réseau parallèle, auquel on peut associer également Joseph d’Anvers. Un coup d’œil sur son site ou un coup d’oreille sur ce second opus permet de faire une autre constatation : Florent se réclame d’une toute autre filiation, celle des orfèvres anglo-saxons comme Elliott Smith, Final Fantasy ou Sufjan Stevens. C’est culotté, certes, mais au final mérité. C’est qu’il s’agit plus d’un songwriter (dans l’acception anglophone du terme) que d’un chanteur de variété.
Ce décor planté, il est temps d’aborder Rio Baril. Il y a déjà presque trois ans, le premier album de Florent Marchet, Gargilesse, laissait entrevoir un tout bon potentiel, avec un ton personnel, qui tranchait heureusement avec les nombrilistes nunucheries salsa en vogue à l’époque. Il y parlait déjà de grandir, de vieillir, de l’enfance, de la vie hors des grandes villes. Le tout avec un humour pince-sans-rire réjouissant. Ce second album est encore plus ambitieux. Son thème tout d’abord. C’est qu’il faut un certain courage pour raconter une histoire tout au long d’un album. Dès qu’on entend le mot « album-concept », on se méfie avec raison. Mais la composition, faite de vignettes d’humeur, empêche la filiation avec de pénibles souvenirs (les comédies musicales, une certaine idée du rock progressif).
Le morceau instrumental d’introduction n’est pas anodin. Léger, il est un manifeste : Florent Marchet sait composer un morceau et l’arranger. C’est le premier tour de force, ne pas tomber dans la surcharge, rester léger, tout en étant subtil et profond. On a au final un enchainement de bonnes chansons, qui peuvent pour la plupart fonctionner toutes seules (mention spéciale pour Les Bonnes Ecoles, Ce Garçon). Il peut dès lors mettre du violon, des cuivres, son statut d’auteur-compositeur fait prendre la sauce. Il y a de vrais moments de bravoure (sur Notre Jeunesse notamment)
Pour ce qui est de l’histoire relatée, on suit par petites touches le parcours d’un garçon qui a 35 ans et qui est né dans une bourgade de province (Rio Baril) et se retrouve dans les affres d’une maladie et d’un meurtre. Pas très youplaboum vous en conviendrez mais le but n’est pas de faire dans le glauque. Il a le bon ton de ne pas en faire une gaudriole non plus. Une chanson comme Tout Est Oublié pourrait être assez pesant selon son thème mais non, je n’arrive pas à trouver ça si noir. Il y a aussi quelques procédés comme le parlé-chanté de J’ai 35 ans. Si le système peut paraitre éculé mais comme le texte n’est pas trop littéraire et que le thème n’est pas autobiographique, c’est une vraie réussite. Son style est fait de phrases souvent très courtes (l’opposé de Miossec donc), ce qui fait qu’il se complait parfois dans de longues énumérations (Les Bonnes Ecoles, La Chance De Ta Vie, Rio Baril). A l’opposé, quand on croit avoir pigé le procédé comme sur la lecture d’une notice, on glisse dans le plus délirant, voire le plus inquiétant. Des chœurs de Katerine sur France 3 ou Cachets apporte un décalage bienvenu.
On a comparé sa voix à celle de Souchon. Admettons. Mais on n’est pas ici dans la séduction facile du cocker faussement triste comme tic de drague, mais dans du plus intense. Cette remarque veut insister sur le caractère accessible de ces chansons. Ce qu’on retiendra de ce Rio Baril, c’est l’affirmation d’un talent indiscutable. Alliant la facilité de la chanson, des orchestrations de haut niveau et une idée forte, cet album est sans doute ce que vous entendrez de mieux cette année dans notre langue.
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