Accueil > Musique > 2007 > Band Of Horses - Cease To Begin

Band Of Horses - Cease To Begin

jeudi 11 octobre 2007, par Marc

Plus près de toi mainstream


Alors qu’on les avait annoncés moribonds, que le split avait été plus qu’évoqué, une des bonnes surprises de 2006 sanctionnée par le titre d’album de l’année pour les auditeurs de l’influente radio KEXP, Band Of Horses se rappelle déjà à notre bon souvenir. Comment succède-t-on à un succès (outre-Atlantique s’entend), comment gère-t-on un déménagement de l’humide Seattle vers les cieux plus cléments de la Caroline du Sud ? C’est ce que nous allons voir.

Cet album toujours aussi personnel va-t-il leur aliéner le public de départ ou au contraire leur permettre une plus large diffusion ? Impossible à dire au moment où ce Cease To Begin vient de sortir. A l’heure où Radiohead est tout seul sur sa planète, où Coldplay s’est grillé en voulant se faire aussi gros que U2, qu’Elbow a disparu du radar et que Keane est définitivement aussi mauvais qu’initialement pensé, il y a clairement une place à prendre. De plus que Band Of Horses a quelques atouts à faire valoir. On ne fera encore une fois pas l’impasse sur la comparaison avec My Morning Jacket puisque la voix de Bridell et l’écho démesuré dans lequel on la plonge sont toujours aussi proches. Sachez même qu’un journal de Seattle (The Seattle Weekly) a soumis des passants à des blind-tests sur les deux voix et que peu de gens sont à même de faire la distinction. Mais reconnaissons qu’il s’en dégage quelque chose de vraiment prenant et unique.

Les climats intenses du premier Everything All The Time comme The Funeral ou The Great Salt Lake sont absents et c’est ce manque qui se fait le plus cruellement sentir. Certes des morceaux tiennent toujours le bon bout (No One’s Gonna Love You) mais la surmultipliée n’est plus à l’ordre du jour. Ils sont redescendus sur terre, ont raffermi les contours de leur musique volontairement rêveuse. Finie la délicatesse des guitares brouillardeuses, finies les ruptures de rythme, place à un pop-rock toujours personnel mais plus convenu dans sa construction et ses tempos. J’ai déjà exprimé mon manque de goût pour la musique trop légère avec guitares. C’est le cas ici, ce qui fait que je retrouve nettement moins mon compte que sur le premier opus, même si on a bien de gentils mid-tempo donnant envie de taper tous ensemble dans les mains (Lamb Of The Lam) et un instrumental avec une guitare à la Cure (Island Of The Coast)

Et on est franchement mis de bonne humeur par l’accélération, certes prévisible et bateau, mais emmenée avec une belle vigueur de ce Is There A Ghost qui est placé d’emblée. De même, Marry Song est un des musts de cet album. Malheureusement, il y a ça et là une horreur en bonne et due forme (Detlef Schremp), dégoulinante et qui renvoie à des références country modernes peu appétissantes. Certes, c’est suffisamment sobre pour ne pas passer sur CMTV (le MTV country, assez hallucinant dans son genre) mais mes oreilles européennes sont peu habituées à ça. Epargnez votre tension artérielle et skippez-le. N’ayez quand même pas peur, on est toujours cent coudées au dessus de l’emo-rock de base.

Est-ce le manque d’habitude d’une musique volontairement passe-partout ou au contraire la présence de morceaux très emballants qui déforcent le reste qui m’a déçu sur ce second album de Band Of Horses ? Toujours est-il que le virage vers une certaine perfection pop s’accompagne de moments moins passionnants. Si l’interprétation et la composition tiennent toujours le haut du panier, la capacité à surprendre s’est faite la malle, ce qui paradoxalement leur ouvre peut-être des perspectives. En tous cas, les amateurs de balades personnelles devraient trouver leur compte.

Article Ecrit par Marc

Répondre à cet article

  • Of Montreal - Freewave Lucifer fck

    La carrière d’Of Montreal est un peu comme ses chansons et ses albums, faussement insaisissable mais qui permet de dégager des structures. On a ainsi oscillé entre un découpage forcené parfois captivant mais occasionnellement crevant et des albums solides et accrocheurs à la fois. Il faut dire que même après plus de quinze ans (et 10 albums relatés), on n’arrive toujours pas à anticiper les mouvements de Kevin Barnes et c’est très bien comme ça...
    Ce processus de consolidation et déconstruction (...)

  • Regina Spektor – Home, Before and After

    Il est parfois un peu dépréciatif de parler d’album de la maturité en matière de rock. On cache en effet sous ce terme le remplacement de l’énergie et de l’excitation des débuts par une forme plus fouillée et plus policée qui parle plus à l’esprit qu’au corps. Mais Régina Spektor ne fait pas exactement du rock et on notait sur tous ses albums des moments plus expérimentaux qui étaient un rien rudes pour nos petits nerfs, comme si elle devait montrer que tout ça n’était pas si sérieux. C’était à la marge, (...)

  • Perfume Genius – Ugly Season

    Les carrières musicales les plus passionnantes sont rarement linéaires. Mais elles ont toutes tendance à suivre la même direction : vers le haut. Depuis ses débuts, on n’a en tous cas à déplorer aucune baisse chez Mike Hadreas. Et ce n’est pas cette nouvelle évolution qui va inverser la tendance.
    Les musiques qui constituent cet album ont été à l’origine composées pour la pièce dansée The Sun Still Burns Here du studio Kate Wallich. Ce travail commissionné par le Seattle Theatre Group a connu des (...)

  • Andrew Bird – Inside Problems

    On avait laissé le grand Andrew Bird sur l’ironiquement nommé My Finest Work Yet qui se montrait finalement à la hauteur de ses prétentions. Tel un artisan, il polit son art album après album, et le temps semble son allié. Pas de dérapage en vue donc sur son onzième album studio solo.
    Surtout qu’il l’a enregistré avec quatre musiciens habituels et c’est peu dire qu’ils sont à leur affaire. Underlands est un morceau d’emblée attachant, avec ce groove blanc qu’il maitrise tellement. On entend surtout ici (...)