Accueil > Critiques > 2008

Miss Kittin - Batbox

jeudi 14 février 2008, par marc, Seb

"Frenchies do it better". Ah bon…


Mais que son devenues les têtes de gondoles de l’éphémère vague electroclash ? Miss Kittin nous revient avec un projet solo sous la forme d’une boîte à chauve-souris. Curieux comme nom me direz-vous, mais non « ca sonne bien :Batbox » vous répondra-t-elle et on ne lui donnera pas tort sur ce coup-là. Tout d’abord je ne comprendrai jamais pourquoi la scène electro s’évertue à sortir des albums. Ca donne toujours l’impression d’une appréhension envers la scène actuelle, plus à la page par définition. Une sorte de volonté de viser large s’est répandue afin d’atteindre un public moins exigeant plutôt acquis grâce à une notoriété construite au fil du temps (Tiga, Digitalism, Boys Noize, etc…). Auparavant, un unique killer track sortait et on attendait avec impatience le suivant et tout le monde était content. Bref le cap de l’album electro restera toujours pour moi un exercice périlleux que peu ont réussi. Autant être franc, Miss Kittin ne passe plus le cap. La variété de I.Com était réjouissante mais en quatre ans, la fraicheur s’est un peu éventée et on aurait pu comprendre la pertinence de Batbox un an plus tard, mais plus aujourd’hui.

« Frenchies do it better » assène-t-elle sur Kittin Is High. On aimerait bien la croire mais ça sent plus la méthode Coué que le manifeste. Elle reste cependant insensible aux modes et vous ne trouverez donc pas les vumètres dans le rouge de ses compatriotes, ce qui n’est pas dommage. Il reste cependant des moments plus intéressants sur la seconde partie (Metalhead qui malheureusement se dilue plus qu’il ne rebondit). Le problème c’est la densité en morceaux au mieux anodins au pire irritants par leur pauvreté. Il ne se passe pas grand’ chose sur Barefoot Tonight. D’une manière générale, les mélodies simplistes ont plus le goût d’une détresse solitaire cafardeuse que des gimmicks d’un Franck Sinatra inspiré. Certes, on est en droit d’attendre quelque chose de différent mais le manque d’évolution force la comparaison.

Sa voix, toujours bien présente, aurait pu masquer ses imperfections discutables mais elle ne fait qu’alourdir l’ensemble malgré l’utilisation de reverb et autre disto. Au moins Tiga avait le bon goût d’avoir un bon accent anglais à défaut de chanter juste. Son accent franchouillard, souvent charmant, use un peu à la longue. La réverb’ systématique pour singer la désincarnation a trop été entendu en son chef. On ne lui demande pas de se muer en diva, certes, mais là, c’est est presque embarrassant. Surtout que le contenu littéraire n’est pas exactement le fort de la sympathique Grenobloise (Grace). Un exemple : ‘Please take a shower of silence’ sur Pollution of The Mind. Hum

Le tout est finalement très Kitsch mais ce n’est sans doute pas le but. Les emprunts vintage ne sont pas un problème en soi quand on a le talent de The Knife pour les transcender mais quand c’est du procédé on baille. Elle laisse ainsi libre cours à certains de ses penchants cold-wave (les lignes de basses de Grace), voire même poppy-new-wave quand on retrouve la simplicité, ou plutôt la naïveté des tout premiers Depeche Mode sur Play Me A Tape. Un hommage à Vince Clarke ? Dans le même ordre d’idées, Wash ‘n Dry sonne comme une version dépouillée de certains Depeche Mode plus récents, la science du son de la bande de Basildon en moins. Malgré une intro plus trancy, Pollution Of The Mind use de sons de synthés qui viennent un peu gâcher le tableau.

On doit bien constater que ce rétro-futurisme nous a laissés un peu perplexe. Certes, viser l’éclectisme est une démarche salutaire, même si bien des réussites récentes (The Field, Stephan Bodzin, Pantha du Prince) n’ont pas besoin de beaucoup varier les plaisirs pour maintenir le niveau, mais tout manque de la plus élémentaire conviction pour convaincre que la simplicité est suffisante à notre plaisir d’écoute. Enfermée dans ses gimmicks, elle n’arrive à aucun moment à se hisser au niveau de l’actuel haut du panier électro.


Répondre à cet article

  • Sparkling – We

    On vous avait déjà parlé de l’éclectisme des Allemands Sparkling et si cette caractéristique se retrouve toujours, ils ont sensiblement déplacé le curseur. Exit la composante post-punk ou les allusions à Wire, le virage est plus pop. Et réussi comme on va le décrire.
    D’emblée, We sonne presque comme du Sparks. Et cette veine se retrouvera au détour des plus rentre-dedans et électriques (…)

  • Kety Fusco - Bohème

    L’efficience est la capacité à obtenir un résultat optimal avec le moins de ressources possible. Si ce n’est pas un concept fort usité en musique, parce qu’il n’y est pas très pertinent, on peut déjà dire que Kety Frusco n’est pas une artiste efficiente. Sans que ça n’en diminue les mérites.
    Aussi étrange que ça puisse paraître, ce n’est pas du tout la première fois qu’on vous parle de (…)

  • Glass Museum - 4n4log City

    Voici donc le second troisième album du groupe de Tournai, faisant toujours la part belle au piano et à la batterie. Le concept étant maintenant connu, il était temps pour eux d’élargir leur horizon. Antoine Flipo et Martin Grégoire ont en effet recruté un troisième membre en la personne du bassiste Issam Labbene tout d’abord. Il fait par exemple un excellent boulot en habillant Gate 1 mais sa (…)

  • Camilla Sparksss - ICU RUN

    Barbara Lenhoff l’avait bien dit à la sortie de son album plus apaisé Lullabies, ce n’était qu’une digression. Et pour brillante qu’elle était, il faut admettre qu’elle était moins percutante que le formidable Brutal. On est donc plus que satisfaits d’un retour vers cette veine puissante qui prend un peu le temps de placer les choses avec les sons fondus d’Holy Shit.
    Elle a donc besoin d’un (…)