Accueil > Musique > 2003 > Outkast : Speaker Boxxx / The Love Below

Outkast : Speaker Boxxx / The Love Below

mardi 8 août 2006, par Marc


Cet album aurait très bien pu s’appeler Black music for dummies tant l’éclectisme est de mise. Le format du double album est à la fois une preuve d’inventivité (on pense à d’autres exemples comme le Mellon collie des Smashing Pumpkins, pour ne pas remonter aux Blonde on Blonde et autres Ummagumma) et de diversité puisque ici chacun des deux membres prend une plaque à son compte.

Le premier, Speakerboxxx est à mettre à l’actif de Big Boi. On trouve ici la face plus Hip-Hop, nerveuse à souhait (Ghetto Music, le très FunkadelicBowtie’) et inventive dans ses nombreux interludes. Comme dans tout bon disque de rap (au sens très, mais alors très large) qui se respecte, c’est une longue liste d’invités qui vient relever et épicer les titres. Les beats varient, les tempos se distinguent (Bust, l’intro à la Massive Attack de Knowing) ou s’apaisent (War, Reset) en allant jusqu’au gospel (Church).

Le second, The love below, par Andre 3000, nous emmène ailleurs puisqu’il commence par un morceau très crooner sauvé du mauvais goût on ne sait pas trop comment. Le deuxième est plus R’n’b, mais dans l’acception plus sixties et swing du terme. Du swing, voilà, un feeling d’enfer, c’est ce qu’on retient de cette seconde galette. L’humour aussi (Where are my panties ?, les clins d’oeil du single Hey ya). On plonge dans toutes les racines, même les plus Jazz avec Take off your cool faisant appel à Norah Jones. On n’est pas dans un revival passéiste, mais c’est juste une mise en situation pour les autres morceaux de facture plus moderne, qui entrent en action dès Happy Valentine’s day. Les beats de Behold a lady et de Dracula’s wedding avec Kelis sont irrésistibles.

On a donc un ensemble cohérent et très réussi de presque toutes les tendances actuelles, le tout avec un son vraiment très travaillé, mais pas dans un but de formatage radiophonique mais de mise en pratique d’une longue tradition via une culture musicale qu’on devine très fournie. Ils auraient aussi pu faire un album simple qui enfilerait les perles, mais on n’aurait alors pas eu la chance d’avoir les épluchures, les moments plus faibles mais créatifs qui donnent de la profondeur à cet album. On pourrait pour simplifier dire qu’il s’agit d’une version américaine et black de Massive Attack, le côté ludique en plus et l’intensité émotive en moins. Si vous aimez le rock et la pop mais voulez voir ce qui se fait de très bon dans les autres domaines, voilà une séance de mise à niveau des plus réjouissantes. (M.)

Article Ecrit par Marc

Répondre à cet article

  • FUCTAPE - FUCTAPE

    Au moment d’aborder un album, on est parfois submergés par les informations, les intentions et les comparaisons aussi élogieuses que non pertinentes. Le collectif de Toronto (une vingtaine de membres quand même) ne suit décidément pas cette tendance tant il est compliqué de savoir qui fait quoi, voire qui en fait partie tout court. C’est sans doute voulu et cohérent avec le forcément un peu disparate résultat. Mais jamais on n’a l’impression d’entendre une compilation.
    Dès l’intro au piano avec des (...)

  • run Sofa - The Joy of Missing Out

    On ne peut pas dire qu’en tant que ville industrielle, Charleroi nous ait livré autant de frissons musicaux que, disons Sheffield ou Manchester. Et si ça changeait ? On n’en sait rien mais un environnement pareil peut aussi être stimulant comme peut le prouver le groupe du jour, distribué par les Liégeois de Jaune Orange montre une belle vitalité.
    L’immédiateté, les avis rapides et tranchés, c’est bien mais parfois il faut un peu de temps pour apprivoiser un artiste, même sur un EP de six titres. Il (...)

  • Peritelle - Ne Soyez Pas Triste

    On avait déjà copieusement apprécié ce que faisait Carl Roosen en tant que Carl ou Carl et les Hommes-Boîtes ou Facteur Cheval. Il est donc logique que l’attachement se poursuive avec Peritelle. On ne lui en veut même pas d’avoir pondu des textes pour le rejeton Geluck (Antoine Chance donc). C’est un de ces cas-limites où la subjectivité joue en plein. On ne va pas le nier, il faut même le reconnaître.
    Tout est question de ton et de collaborations. Ses partenaires de jeu sont ici Julien Campione (...)

  • Dum Spiro - Hors Chant

    Il faut parfois oser dépasser son pré carré, s’aventurer à la lisière pour découvrir du nouveau. Et ce nouveau, pour moi, est par exemple ce Dum Spiro, coordination des talents de musicien de Francis Esteves et du slameur Zedrine. Le résultat n’est pas a proprement parler un album de hip-hop vu que ça semble plus pensé comme un projet musical, pas des textes qui réclamaient un habillage (on signale même des instrumentaux). Dans un autre genre, on se rappelle de ce que nous avait livré Filiamotsa. (...)