vendredi 16 avril 2010

Les aventures de Midlake : aujourd’hui Midlake dans l’espace
Honnêtement, je n’avais jamais entendu parler des Czars, a fortiori encore moins de leur leader John Grant. Il a donc fallu qu’il se fasse seconder par Midlake pour que ce nom puisse m’évoquer quelque chose. Comme j’avais vraiment succombé à leur dernière livraison, une petite portion supplémentaire est bienvenue.
Le moins qu’on puisse dire, c’est que le charme opère très vite et on se dit que ce label Bella Union (Explosions In The Sky, Midlake, Fleet Foxes, The Acorn, Vetiver, Andrew Bird, My Latest Novel pour ne reprendre que ceux dont on a déjà parlé) est un de nos fournisseurs de bons plans préférés. La belle voix de Grant est en tous cas une bonne surprise qui lui permet soit de se conformer aux harmonies classiques d’I Wanna go To Marz ou de montrer qu’il n’a besoin que d’un minimum d’accompagnement pour faire décoller le Caramel.
Cet album est un peu plus léger, entendez moins porté vers ce que certains ont qualifié d’héroic-folk. Mais la mélancolie douce est encore une fois délicieuse (Where Dreams Go To Die) et n’est pas entamée par l’ironie souvent présente. C’est donc objectivement un peu moins brillant, notamment parce qu’il est impossible de ne pas évoquer The Courage Of Others et que ce dernier ne là¢chait jamais prise. Si on ne rentrait pas immédiatement les chances de raccrocher étaient minces mais à l’inverse quand on est englouti c’est tout entier.
Les thèmes sont parfois empruntés à la SF, et le folk est ample. Ca ne vous rappelle rien ? Personnellement, j’ai senti planer sur bien des morceaux l’ombre du Bowie de Space Oddity. Maintenant que j’y pense, ce vénérable album de 41 ans d’à¢ge (c’est vertigineux) peut constituer la pierre de touche de bien des choses de cette époque où le folk cherche des mutations déviantes à coups d’hybridations. On retrouve ainsi ça et là des sons qu’on pensait avoir oublié depuis la fin de l’enregistrement de Wish You Were Here (chorus final de Caramel). Pour pouvoir assumer un classicisme aussi poussé, il faut un talent d’écriture pour ne pas sombrer dans le pastiche. Il a ce talent.
Les autres caractéristiques marquantes de cet album sont l’humour et l’évolution sur le fil du rasoir. Cette dérision assez bienvenue (Silver Platter Club), contraste avec le ton un peu compassé du groupe de base qui a l’air de passer un bon moment. JC Hates Faggots se dresse en critique de la pensée redneck un peu prévisible mais toujours réjouissante. Donc il faut un peu oublier le ton solennel qu’on imaginait de prime abord pour capter des surgissements comme I want to change the world but I can’t even change my underwear. Mais cette évolution ambivalente l’amène à être souvent à la limite entre poussée d’émotion et kitsch, ce qui est spécialement palpable sur un Sigourney Weaver ou la plage titulaire. Mais la généreuse cote vous a déjà indiqué de quel côté j’ai tranché. Un peu sorti de son univers il est vrai assez vite balisé, je m’abandonne moins (Chicken bones ou les cuivres un peu New Orleans de Silver Platter Club).
Cet album est un peu moins prenant, moins brillant que le dernier Midlake mais paradoxalement, je me dis que ce n’est pas plus mal. Parce que ces albums qui ne paient pas de mine mais ont ce petit supplément d’à¢me sont ceux qu’on écoute le plus. Et puis il y a cet humour de tous les instants qui force moins le respect que l’austérité mais compense les petites incartades moins réussies. Donc la personnalité de Grant et le savoir-faire de Midlake ont produit un album vraiment attachant.
Pour vous remercier de votre patience, le morceau I Wanna Go To Marz est téléchargeable ici
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