vendredi 30 juillet 2010

C’est beau le complexe
On peut se renseigner, lire ce qu’il faut, rien ne remplace vraiment un séjour sur place pour s’imprégner des tendances. C’est pour ça que les mois passés à Seattle m’ont permis de découvrir tant de choses. Parmi ces groupes cultes ramenés sous le bras, le moins remarquable n’est sans doute pas Menomena. Pas encore très connu ici à l’époque (début 2007), l’album Friend And Foe suscitait une attente fébrile là -bas. Je suis tombé sous le charme tout de suite, de ces petits coups de foudre qu’on adore partager, parce qu’en musique le partage est un plaisir aussi.
Depuis, la notoriété du groupe a considérablement grandi, et a rejailli dans le petit monde des passionnés sur des projets secondaires comme Ramona Falls. Comme je n’ai pas écouté ce dernier, il faut croire que je ne suis pas passionné. Mais trêve de considérations bidon, il y a un album d’un groupe unique qui nous attend.
Parce que ce groupe est vraiment unique. C’est flagrant quand on découvre le groupe, évident quand on entend un nouvel album, et déroutant quand on essaie de trouver des ressemblances avec d’autres formations. Parce qu’à part le saxophone (sur BOTE notamment) qui m’a rappelé les défricheurs de Morphine (pas le son, le fait d’utiliser un sax), on ne peut pas dérouler une litanie de proches, tactique souvent utilisée pour le critique en panne d’abstraction.
On attend toujours leurs déluges de batterie compacte, fébrile, qui semble apporter autant d’ordre que de chaos (ce qui doit déconcerter les amateurs de thermodynamique). Il faudra attendre TAOS pour ça, Evil Queen Bee servant à (ré)installer de façon subtile tout leur univers avec plus de douceur. Dans leurs habitudes pourtant, on regrettera les pochettes du graphiste Craig Thompson
Encore une fois, c’est la musicalité qui est remarquable, et fait passer leurs plus aventureux collages sans effort apparent. D’autres (Of Montréal, Xiu Xiu, l’insupportable Micachu,Dirty Projectors) étant bien plus exigeants pour leurs auditeurs. Et puis leur légère mélancolie peut souvent déboucher sur une intensité rare. C’est ce qu’on a avec Killemall, avec une mélodie qui facilite l’approche et en fait un des meilleurs morceaux de l’album. Donc de l’année tout simplement. De même, la longue et réussie intro de cloches pour Tithe annonce un morceau à la dérision mordante.
Evidemment, ce n’est pas la même surprise que la première fois, mais retrouver un Menomena à son niveau est une satisfaction de premier ordre. L’intensité de ces garçons n’a pas fléchi et leur pop complexe et attachante nous suivra longtemps encore. Il existe des mondes musicaux d’une cohérence rare, et il nous est indispensable de les visiter de temps en temps.
L’avis de Benjamin de Playlistsociety
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