mardi 17 mai 2011

Je t’ai manqué
La famille des albums un peu fastidieux n’est pas trop étendue mais compte de fameux rejetons. Citons pêle-mêle les mix, les live et les compilations. Dans cette sous-catégorie, on vous avait déjà parlé des reprises de Ferré et Brassens. D’accord, c’était il y a longtemps. La difficulté de ces articles est qu’on ne peut pas se contenter de considérations globales mais qu’on doit se pencher sur chaque cas, s’approchant de la critique track-par-track qui est un peu à la critique ce que le bordereau est à la poésie.
Vous l’aurez aisément compris, cet album est une compilation de reprises de morceaux de Bashung. Il est d’ailleurs temps que je précise que je ne connais pas bien l’œuvre de cet artiste. Il faudrait que je pousse plus avant la découverte de sa discographie, qui pour moi oscille entre surgissements et jeux de mots pas toujours frais, le tout livré avec quelques trouvailles magiques et un charisme rare. Mais bon, je compte Jean-Louis Murat parmi les artistes que j’aime beaucoup, et on ne peut pas dire que l’Auvergnat s’encombre toujours d’intelligibilité. Je n’attendrai donc pas mes vieux jours pour visiter cet incontournable. Ceci posé, qu’est-ce qu’on retrouve sur cet assemblage forcément hétéroclite ?
On peut dire clairement que le casting de cette édition-ci est de qualité, au détriment d’éventuelles découvertes. C’est logiquement vers les morceaux les plus immédiats que la sélection s’est faite. On y découvre aussi par l’absurde pourquoi Bashung était aussi précieux comme interprète. La plupart de ces textes s’éloignent du réalisme et le ton pour les interpréter est donc primordial. Dans un contexte pareil, un morceau aussi étrange que l’Apiculteur ne peut être qu’incongru dans la bouche de Raphaël. Et il l’est, la logique est respectée. Ceci dit, la diction hachée pourra réjouir si on est d’humeur jouasse. Mais l’irritation est plus probable.
A priori, confier un Madame Rêve à M pourrait être une idée douteuse, surtout que la collaboration entre des deux artistes avait accouché d’une version de What’s In A Bird plus curieuse qu’autre chose. Pourtant, c’est peut-être une des meilleures réussites de cet album. Une des autres pourrait être Christophe reprenant Alcaline, émouvant malgré quelques choix étranges (cette rythmique piquée à Enigma). On se rappelle que avait déjà donné une touche toute personnelle aux Mots Bleus, c’est donc un beau renvoi d’ascenseur.
Les chansons collaient à Bashung, c’est pourquoi il est déroutant qu’on en fasse des morceaux sympathiques (J’passe Pour Une Caravane par Gaëtan Roussel), du bête rockabilly (Gaby Oh Gaby par BB Brunes). Entre les deux, on a beaucoup d’artistes qui arrivent à ne pas partir en vrille (Stéphane Eicher, Miossec ou Noir Désir), mais ne se mettent pas en danger. On n’attend pas non plus la surprise systématique, et on se doute qu’il pouvait sembler tentant pour Benjamin Biolay de s’approprier Ma Petite Entreprise. Keren Ann quant à elle compense son manque de charisme vocal par une approche musicale plus osée (tout est relatif). 2043 sonne comme du Dionysos, c’est donc peut-être une belle appropriation. Mais ça me plait comme du Dionysos (donc pas).
Me donner envie de vraiment me plonger dans la discographie de Bashung et retrouver quelques artistes qui me sont chers, voilà deux bonnes raisons de se pencher sur un exercice dont l’intérêt intrinsèque est toujours discutable.
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Ce n’est pas parce qu’on a déjà beaucoup fréquenté un artiste qu’on ne peut plus être dérouté. Après quatre albums (beaucoup) écoutés, cette nouvelle proposition d’Olivier Savaresse a demandé un peu de temps pour nous devenir pleinement familière.
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