lundi 4 juillet 2011

Une poire pour la soif
Qu’est-ce qui peut pousser un musicien de la trempe de Benjamin Biolay à s’essayer au cinéma ? On peut sincèrement se poser la question, même s’il faut avouer que je n’ai pas vu ce film. Après le raz-de-marée critique de La Superbe (on était du nombre), il est étonnant de voir sortir ce Pourquoi Tu Pleures ? dans une telle discrétion. Certes, il ne s’agit pas d’un ‘vrai’ album, et ses talents d’acteur n’ont pas la réputation de ceux d’auteur et interprète, mais les nombreux amateurs de celui qui a patiemment bà¢ti sa solide réputation ne devraient pas passer à côté de cet entremets de bonne facture.
Parce que pour eux, il y a ici tous les ingrédients qui ont fait sa réputation comme les surgissements et la variété des traitements. Il ose les synthés kitsch (il n’est jamais que le 419ème cette année) sur Pas La Forme, qui placé après un instrumental de haute tenue et une chanson en Anglais (You Have Changed par Ana Zimmer) qui tient remarquablement la route, semble contredire son titre.
L’exercice de la BO est connu, et lui-même s’y est prêté plusieurs fois. Pourtant, on ne retrouve pas ici quelques chansons éparses dans un nuage d’instrumentaux mais une grosse poignée de morceaux qui auraient eu leur place sur les albums précédents. Le Bonheur Mon Cul (un titre qui trahit son auteur, enfin, ça ne sent pas Michel Fugain quoi) sur une nappe langoureuse n’aurait pas déparé la discographie de Barry White. C’est un peu kitsch, certes, mais très efficace. Il y a toujours cette porte ouverte, une idée qui le distingue, la bonne basse de L’Amour à Mes Pieds qui sauve le morceau, ou plus précisément l’élève. Dans le même ordre d’idées, le violon de J’ai Des Doutes et Pourquoi Tu Pleures est tout bonnement impeccable.
La musique lounge d’un insondable ennui, je ne suis pas trop partisan, surtout si les paroles ne sont pas renversantes. Vous aurez compris que je me serais passé de L’Homme De Ma Vie. De même, le piano-voix Mon Amour Ma Chérie montre une inadéquation entre ce qui pourrait sembler une suite à Ton Héritage et une écriture d’enfant en bas-à¢ge. Renseignements pris, il s’agit d’une chanson d’Amadou Et Mariam, qui sont connus pour plein de choses, mais pas pour des textes profonds et ciselés. Au rayon des reprises, Reste-Moi Fidèle (d’Enrico Macias, sisi) colle mieux à son répertoire que le gentiment nunuche C’est Magnifique (initialement de Dean Martin mais importé par Luis Mariano).
Ne nous leurrons pas, ce recueil de chansons de film n’est pas charpentée comme un album de Benjamin Biolay, il n’en a ni la constance ni l’ampleur, mais entre les exercices imposés (les morceaux instrumentaux) et des reprises pas toujours au top, on retrouve ces chansons désabusées et flamboyantes qu’on aime tant chez lui. Dans la mesure où ceci est un album de transition, sans l’ambition d’une œuvre définitive, on peut dire qu’il y a pour l’amateur de quoi étancher sa soif de nouveauté.
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