mercredi 12 octobre 2011

Opérette
à€ l’origine, théà¢tre et musique étaient étroitement liés, et l’art lyrique a par ailleurs longtemps entretenu une relation privilégiée avec la narration. La naissance de l’opéra semblait appelée à générer des genres bà¢tards dont l’opérette et la comédie musicale nous ont donné quelques-unes des plus consternantes illustrations. C’est dans cette orgie atavique qu’est apparu l’opéra rock, sous-catégorie où se sont démarqués The Who, Pink Floyd ou encore... euh... Michel Berger.
Et soudain, une sous-sous-catégorie entend se manifester, dès lors que les obscurs représentants de l’alt-folk et de l’alt-country américains se piquent de livrer à leur tour des sagas emballées au format album. De tous les champions du genre en question - Wilco, Fleet Foxes et autres Bon Iver - les sous-estimés Richmond Fontaine n’ont jamais eu l’aura ni la reconnaissance. Cela expliquera sans coup férir que “The High Country†conserve un statut confidentiel, au même titre que l’essai marqué l’an passé par Anaà¯s Mitchell, en dépit de la présence au générique de Justin Vernon.
Mais là où Mitchell élisait un sujet mythologique et publiait rien moins que la bande-son studio de son spectacle, Richmond Fontaine opte pour un concept-album autour du quotidien déprimant d’une ville de bà »cherons, dans laquelle va naître une tragique histoire d’amour racontée selon un schéma narratif suivi. L’Amérique profonde s’y épanche avec un goà »t du pathétique à la fois condescendant et compatissant pour ses personnages, et un souci de la couleur locale qui favorise une immersion en profondeur.
Inutile donc de pointer les highlights de ce disque qui ne peut que s’envisager comme un ensemble et s’écouter d’une traite. La présence régulière d’interludes instrumentaux et de passages dialogués contribue par ailleurs à le rendre parfaitement digeste, et l’on se régalera particulièrement des plages dominées par un talk-over féminin, lequel confère aux instrumentations élégiaques une ambiance litanique qui rappelle Louisville, projet certes obscur mais dont on ne saurait trop conseiller la découverte.
Au risque de briser tout suspense, autant savoir que l’histoire de Claude et Melanie s’achève de façon sordide. L’histoire sombre même dans un tel déluge de violence que l’on a presque l’impression de humer l’odeur du sang et du bois. Surtout, c’est longtemps après la dernière note de “The High Country†qu’il nous semble entendre encore les échos, larmoyants mais dignes, de ses personnages maudits, résonnant dans ce no man’s land où tout n’est qu’ombre et sciure, « near Clatskanie, which is in the middle of nowhere. »
Phoebe Bridgers est une figure tutélaire assez imposante dans le landerneau des musiques apaisées. Certes, elle est elle-même moins omniprésente que dans un passé récent, mais son ombre plane sur énormément de projets, de Benni à Searows dont on découvre un second album après un EP qui nous avait bien tapé dans l’oreille.
Ceci est plus sombre peut-être, peut se poser en chainon manquant (…)
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