mardi 12 août 2014

En facteur
Partir en facteur est, dans le langage cycliste, un faux démarrage. Le coureur se place en avant, mine de rien, et accélère sans presque avoir l’air de le faire. Il faut une grande force pour y arriver, et si c’est peu spectaculaire, c’est diablement efficace. A condition d’avoir les jambes qui suivent.
Spectaculaire et clinquant ne sont pas deux épithètes qu’on associe à la musique de Fink. Mais une fois qu’on y a goà »té, qu’on a fondu pour cette intensité rentrée, c’est carrément addictif. On avait constaté que ses albums, tout en gardant les mêmes caractéristiques, comportaient plus de morceaux immédiats et d’une force peu commune. On les retrouve ici avec un plaisir non feint. Ne tournons pas longtemps autour du pot, c’est un des meilleurs albums de l’année dont on parle ici.
Premier morceau qui ne paie pas de mine, un peu terne par rapport au reste même. On retrouve le toucher de guitare un peu percussif. Il sait ménager ses effets, ne pas là¢cher les bombes d’emblée. On a l’impression qu’il a poussé moins loin l’épure, que ces morceaux sont moins polis, moins froids d’aspect.
Il y a quoi dans White Flag ? Pas énormément évidemment, mais quel morceau. Un son de basse qui aurait pu aussi figurer sur le Mezzanine de Massive Attack, mais en plus atténué bien entendu, de la réverb’ sur la voix, une ambiance feutrée qui rappelle qu’on est sur une production Ninja Tune. Mais c’est un propulseur à poudre qui est largué en vol, la charge utile doit encore venir.
Et elle déboule sur Pilgrim, qui monte, monte, crée une intensité folle avec quelques mots (‘From small beginnings’ dans ce cas). Cet art de l’économie lui permet de générer de la tension en un simple martellement binaire. Pour une des toutes premières fois, sa retenue peut se faire exultation. Et il arrive à encore pousser le bouchon plus loin avec Sheakspeare.
Les paroles (Oh why do they teach us Shakespeare/when we’re only sixteen/and no idea/what it all means) sont assez éclairantes quand on les ramène à sa faculté d’inlassablement remettre ses chansons sur le métier pour en tirer le meilleur. Certes, il laisse les guitares vrombir plus qu’à son habitude mais c’est surtout parce qu’il a su créer les conditions de l’intensité qu’elle explose.
Now we know/where we are/where we stand/And where we fall/Apart. Il faut plus que le talent, il faut aussi l’expérience pour accoucher d’un album pareil ; Fink n’a sans doute pas fini de nous surprendre. Alors qu’il maitrise toujours l’art de faire beaucoup avec l’impression d’en faire peu, il arrive ici à passer la surmultipliée. C’est moins subtil sans doute mais emporte l’adhésion sans doute aucun. Gagner en force sans compromettre sa finesse, c’est le tour de force réussi ici par Fink
L’indie est une organisation souvent en marge, une éthique mais aussi une esthétique. Laquelle a sensiblement évolué pour ne plus être distinguable du mainstream. Mais ça n’a pas été toujours le cas et certains vétérans viennent nous le rappeler.
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