jeudi 18 décembre 2014

Trois EP à la place d’un album, l’idée peut sembler un peu incongrue, voire même un peu frustrante de la part d’un groupe qu’on apprécie autant. Mais on sait depuis le début que Get Well Soon est l’objet des envies et la démonstration du talent de Konstantin Gropper et bon, c’est lui qui décide quoi. Ces trois courts disques fonctionnent tous séparément, mais je doute fort que le public visé soit différent.
Procédons donc par ordre chronologique de sortie puisqu’elles se sont étalées les trois premiers vendredis du mois de novembre.
Le premier album de Get Well Soon était un chef-d’œuvre, profond et intemporel, pas l’affirmation d’un rush d’hormones. Il était déjà tellement rempli de choses tellement subtiles qui allaient chercher l’inspiration dans tellement de sources qu’on a même du mal à concevoir un avant, une phase de rock de collège. Pourtant Gropper semble avoir cette nostalgie et avoue avoir pris beaucoup de plaisir à concocter un The Lufthansa Heist plus brut de décoffrage.
Donc quand il nous parle de college rock, il ne faut pas le prendre complétement littéralement. Certes, ces chansons sont articulées autour de la guitare mais ce n’en sont pas des morceaux punk pour autant. On se rappelle d’une prestation live bien musclée quand ils n’avaient plus de violoniste, place vacante comblée depuis avec talent par Verena Gropper.
Le résultat est en tout cas plutôt frais et il se dégage une belle tension de The Pope Washed My Feet In Prison qui joue d’un gimmick de guitare plutôt lancinant. The 4-3 Days est une autre belle réussite. Même si le morceau est court, la fin d’A Night At The Rififi Bar prend trop ses aises pour être une décharge d’énergie juvénile.
Henry est l’opposé, la forme la plus subtile et éthérée de Get Well Soon. Et, disons-le tout de suite, sans doute trop éthérée et subtile pour laisser un souvenir impérissable. Il s’agit d’une suite de 5 morceaux inspirés de Death and me, the two of us d’Arnold Stadler qui semble d’un romantisme sombre et amusant à la fois (c’est lui qui le dit). L’hommage est donc baigné d’une douce mélancolie qui utilise de vieux sons. On ne s’étonnerait pas d’entendre le craquement d’un vinyle.
N’attendez pas de Greatest Hits une compilation de succès commerciaux de Get Well Soon. Et même pas une collection de chansons ayant toutes été des hits. C’est un troisième versant du groupe qui est visité ici, à savoir la reprise culottée abordée avec un sérieux de pape.
Tout commence de façon inattendue par un instrumental repris d’une antique musique de film. Et ça marche évidemment. Et puis on prend la tangente avec le morceau qui était en éclaireur, Careless Whisper de Wham. Pas de saxo, rassurez-vous, mais ce qui est à la place est vraiment d’une grosse intensité (peut-être le meilleur moment des trois EP d’ailleurs). Pour reprendre ce genre de scie, il faut le faire avec application et on se rend compte qu’au final c’est un grand morceau. Si si.
On sait depuis l’étonnante relecture du Born Slippy d’Underworld sur le premier album qu’ils prennent un malin plaisir à se réapproprier des morceaux. L’impression d’entendre un vieux morceau de Get Well Soon est encore plus prégnante quand on ne connait pas le morceau original (Oh My Love). On savait depuis quelques concerts qu’Elton John était un artiste apprécié. Ce n’est pas Tiny Dancermais Rocket Man (dommage) qui s’y colle ici. Till I Die est un vieux des Beach Boys qu’ils arrivent à faire grincer. Finalement, c’est sur Always the Sun des Stranglers (période assagie) qu’ils semblent le moins personnels, même si cette version se révèle plus puissante que l’original.
Il faut être complètement honnête. Gropper ne fera jamais de mauvais morceau, et il prouve ici la versatilité de son talent. Mais on réalise assez vite que ces trois EP ne constituent que quelques nécessaires récréations. Il avait trois envies distinctes et les a exécutées avec le sérieux qui le caractérise, pour un résultat sans fausse note. On attend maintenant un album qui puisse faire la synthèse de ces influences et envies sans doute pas si antagonistes que ça.
Il avait fallu un album pour qu’on prenne toute la mesure de cet étrange duo, pour que la fausse nostalgie ne masque pas leur étrangeté et leur singularité. Une fois la porte trouvée, on ne cherche plus jamais la sortie et on va encore rester un bon bout de temps chez eux, c’est certain.
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