mercredi 10 juin 2015, par

‘Never underestimate/Creative people and the depths that they will go’
C’est ce qu’on entend au détour d’Exploitation et ça s’applique assez bien au parcours de Roisin Murphy. On n’avait pas vu venir Molokodans la queue de comète du trip-hop, on n’avait pas calculé la redoutable machine à groove qu’ils sont devenus. On n’avait pas prévu non plus la déflagration de Ruby Blue écrit par Mathew Herbert, on avait pensé que le ramage avait cédé le pas au plumage pour Overpowered. On avait tout faux, tout le temps, depuis le début.
Tout ne surprend pas pourtant sur ce Hairless Toys. Cette jolie femme prend toujours un malin plaisir à de rendre moche sur ses pochettes (avec au passage un traitement à la mode qui vieillira sans doute mal) et en voulant rendre hommage à l’undergroud disco-house new-yorkais d’il y a longtemps, elle ne se présente pas dans le style qui nous plait le plus.
Pourtant, pourtant, la connivence se rétablit tout de suite. C’est policé à l’extrême, à la limite de la musique pour cabine d’essayage dès le début, mais on sait que sa folie se cache mal. Elle se tient toujours du côté propre de la force mais avec un sourire en coin. C’est là qu’est sa force mais peut-être aussi sa faiblesse. L’expansivité plus démonstrative de personnalités comme Björk ou St Vincent les exposant plus à la lumière. Enfin, sur album du moins, les prestations scéniques de l’Irlandaise restent des happenings délirants et imprévisibles.
Cette musique lisse est trop complexe pour être de la dance de consommation courante. C’est surtout manifeste sur Exploitation. La version courte est proposée ci-dessous mais sur l’album il s’étire sur plus de 9 minutes. Entre l’étrange gimmick flou et quelques passages de guitare en liberté, elle arrive à faire passer une émotion froide, une tension rentrée. Au final, c’est autour de cette pièce maitresse que s’articule son troisième album solo. Pour le reste, elle montre qu’elle peut très bien se sortir d’un slow vaporeux (Exile), dérider de la fausse house mollasse (House of Glass) ou lancer Evil Eyes et le relancer de plus belle deux minutes plus tard.
Il faut le talent de Roisin Murphy pour qu’on se hasarde aussi loin de notre camp de base. Mais on se laisse surprendre par cet album en trompe-l’œil, plus brillant et moins lisse qu’on pourrait le penser. L’exubérance n’est pas mise sous l’éteignoir, elle est détournée pour offrir un moment assez plaisant.
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