lundi 14 septembre 2015, par

Une entreprise qui fonctionne est souvent tentée, voire forcée de s’étendre, de regarder de nouveaux marchés. Il semble que certains artistes soient dans le même cas. On avait découvert Cœur de Pirate il y a un peu plus de six ans, dénichée par un esprit curieux avant même que son album ne traverse l’Atlantique. Deux albums et une compilation de reprises de bon goût (c’est pas Birdie non plus) plus tard, on sait que le succès est au rendez-vous, à un tel point que Béatrice Martin se sente un peu à l’étroit dans le petit monde francophone. Cette bilingue (elle le dit et elle le montre) a logiquement décidé de se tourner vers le marché anglophone, et s’associer à des gens qui lui permettent de réaliser ses ambitions. Sans doute que ça va marcher, mais on va expliquer un peu pourquoi ça ne nous a pas ravis.
Le premier morceau est donc en anglais comme la moitié de l’album, et est ample. On ne sait pas encore que cet Ocean’s Brawl est le meilleur qu’on entendra ici. Parce que morceau après morceau, elle dévoile ses aspirations et petit à petit, on s’enfonce dans la variété la plus aseptisée. Le single Oublie-Moi est du pur Cœur de Pirate, mais emballé sous film plastique. C’est à ce moment-là qu’on se dit que ce qui ne passe pas (pour nous du moins), ce sont moins les compositions que la production.
Elle garde en effet un sens acéré de la mélodie (Drapeau Blanc, Oublie-Moi) mais alors que sur Blonde elle avait fait appel à Howard Bilerman, notamment connu pour avoir travaillé avec Arcade Fire, Silver Mount Zion ou Basia Bulat (et le résultat était notamment un magnifique Place de la République) et Michael Rault pour la coloration sixties, c’est une équipe encore plus expérimentée qui a pris le relais. On parle donc de Björn Yttling (de Peter, Björn and John) qui a déjà travaillé avec Lykke Li ou Franz Ferdinand et de Rob Ellis qui a contribué aux réussites de Bat For Lashes, Anna Calvi et surtout PJ Harvey. Mentionnons aussi Ash Workman, qui a mis en son Christine and The Queens (là, je ne peux pas...). Donc, des professionnels aguerris, mais qui ont éliminé toute aspérité.
Jumping the shark est une expression issue du monde des séries qui désigne le moment où une scène, un épisode, une action jette un voile négatif sur tout ce qui suivra. Ici, c’est quand on entend le passage rappé sur I Don’t Wanna Break Your Heart qu’on se dit que le point de non-retour est franchi. Et The Way Back Home pâtit de se faire lyophiliser en direct.
Il reste à part le premier morceau quelques bonnes idées comme le plus groove Our Love qui démontre que c’est une bonne interprète, mais sur ce ring-là, elle se retrouve en face de pointures comme Adèle. Le morceau bonus Can’t Get Your Love est articulé autour d’un chouette gimmick répétitif mais il faudrait pousser le procédé bien plus loin.
Béatrice Martin a envie de conquérir le monde et sort un album très passe-partout pour arriver à ses fins. C’est sans doute bien vu d’un point de vue commercial et livré sans cynisme aucun mais on n’arrivera pas à s’enflammer pour un album bien trop lisse d’aspect.
http://musique.coeurdepirate.com/album/roses
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