Accueil > Musique > 2015 > John Grant - Grey Tickles and Black Pressure

John Grant - Grey Tickles and Black Pressure

lundi 26 octobre 2015, par Marc


Bien malin qui pourra cerner John Grant. On pensait l’affaire entendue en découvrant son premier et très bel album Queen of Denmark qui ne dénotait pas par rapport à ce qu’il avait fait avec les Czars et profitait de l’appui de rien de moins que Midlake. C’était ample et amusant à la fois, on avait bien aimé. Et puis il a commencé à brouiller les pistes dès Pale Green Ghosts qui faisait largement appel à l’électronique mais pas que. Déroutant dans un premier temps, il avait fini par s’imposer, parce que son ironie mordante était toujours là.

Après quelques versets de la bible, on retrouve tout de suite ses repères. Il y a déjà des violons, une mélodie fondante et sa distanciation. Mais c’est pour mieux nous dérouter par la suite. Contrecoup de son impeccable album avec un orchestre symphonique ? Difficile à dire, mais on constate une envie d’éclectisme qu’on ne lui connaissait pas à ce point et qui le fait sans doute sortir de sa zone de confort, mais aussi de sa zone de compétence

Il revient donc à la veine électronique plus rentre-dedans de Pale Green Ghosts sur Snug Slacks ou Black Blizzard où son phrasé et sa voix profonde maintiennent le contact. Il va même se prendre pour Trent Reznor le temps de Guess How I Know, voire tutoyer le glam avec le plus garage You and Him exécuté avec l’aide d’Amanda Palmer. Mais le seul moment plus embarassant est ce Voodoo Doll qui nous semble pour le coup plus proche de Bruno Mars. Le sourire en plus, mais quand même. Mais ce n’est jamais chez lui la volonté de sonner moderne qui le pousse à se diversifier. Les synthés de Geraldine et son inutile recours au vocoder semblent en effet tout sauf récents.

Le principal atout qui résiste à tous les traitements, c’est évidemment la grande voix de Grant, qui peut habiller seule le mid-tempo Down Here ou assurer tous les délires susmentionnés. Et puis comme toujours, sa volonté occasionnelle de grandiloquence est balancée par quelques délires textuels bien sentis (Global Warming). Mais il n’est pas toujours seul puisqu’en plus d’Amanda Palmer déjà évoquée, on retrouve avec plaisir Tracey Thorn sur Dissapointing.

‘Grey tickles’ est la traduction littérale de l’expression islandaise pour ‘crise de la quarantaine’ et ‘black pressure’ est la traduction directe du mot turc pour ‘cauchemar’. C’est sans doute un peu court pour expliquer les volontés exploratoires d’un John Grant qui arrive à nous gratifier d’un album qui tire dans plein de directions sans jamais nous faire oublier quel grand chanteur il est.

Article Ecrit par Marc

Répondre à cet article

  • Perfume Genius – Ugly Season

    Les carrières musicales les plus passionnantes sont rarement linéaires. Mais elles ont toutes tendance à suivre la même direction : vers le haut. Depuis ses débuts, on n’a en tous cas à déplorer aucune baisse chez Mike Hadreas. Et ce n’est pas cette nouvelle évolution qui va inverser la tendance.
    Les musiques qui constituent cet album ont été à l’origine composées pour la pièce dansée The Sun Still Burns Here du studio Kate Wallich. Ce travail commissionné par le Seattle Theatre Group a connu des (...)

  • Andrew Bird – Inside Problems

    On avait laissé le grand Andrew Bird sur l’ironiquement nommé My Finest Work Yet qui se montrait finalement à la hauteur de ses prétentions. Tel un artisan, il polit son art album après album, et le temps semble son allié. Pas de dérapage en vue donc sur son onzième album studio solo.
    Surtout qu’il l’a enregistré avec quatre musiciens habituels et c’est peu dire qu’ils sont à leur affaire. Underlands est un morceau d’emblée attachant, avec ce groove blanc qu’il maitrise tellement. On entend surtout ici (...)

  • Shearwater - The Great Awakening

    En général, quand plusieurs années passent entre deux albums, on se demande à quoi les artistes ont consacré leur temps, tout simplement parce que leur emploi du temps nous est inconnu. Nécessité faisant loi, Jonathan Meiburg s’est lancé sur Patreon, ce qui a pour effet secondaire de nous connecter avec son actualité. En plus de donner accès à des reprises minimalistes qui, filmées et enregistrées au téléphone, touchent souvent au sublime.
    Si plus de six années se sont déroulées depuis le dernier album (...)

  • Midlake - For The Sake of the Bethel Woods

    Vous faisiez quoi il y a 9 ans, vous en étiez où ? C’est une question oratoire (même si une réponse dans les commentaires est possible). Forcément, si la plupart des membres de Midlake présents sur Antiphon sont encore là, les choses ont changé, nous aussi, eux aussi. Et ils ne sont pas restés inactifs, on se souvient avoir croisé Eric Pulido seul en tant qu’E.B. The Younger ou avec toute la bande et plein d’invités sur le très chouette projet BNQT.
    Bethel Woods, c’est l’endroit où a eu lieu le festival (...)