jeudi 24 mars 2016

Il ne semble pas discutable que Cloud Cult soit un des groupes les plus attachants qui soient, notamment parce qu’ils produisent ensemble une musique arrivant à trouver un bel équilibre entre poignant et euphorie.
Si la dernière fois qu’on avait eu de leurs nouvelles ils nous sortaient un bien beau live, ils ont cette fois mis en musique leur troisième film et l’intimité est moins au rendez-vous et on se surprend lors des premières écoutes à laisser le tout glisser dans l’oreille sans y laisser aucune trace. Pourtant, tout ce qu’on aime chez eux est là . Les chansons qui s’époumonent dans une belle intensité avec To The Great Unknown, la lente progression de Days To Remember, le petit piano de Come Home. Ils connaissent leur affaire pour faire monter une sauce et puis tirer le rideau sur le plutôt ampoulé Chromatica.
Leur ampleur s’exprime en effet ici par un emploi un rien pompier de plein de violons (Living In Awe [Birth], Three Strorms Until You Learn To Float). Et si ça monte tout de même sur The Pilgrimage, on sent plus le rock classique ou progressif. Ils partagent ce penchant avec d’autres formations comme The Decemberists auxquels on pense sur leurs moments les plus enlevés comme The Time Machine Invention ou Through The Ages qui présente une petite explosion.
Pour la première fois, Cloud Cult n’enchante pas du premier coup. Sans doute que le fait qu’il s’agisse d’une illustration sonore de film les rend plus pompiers mais on a l’impression qu’ils comptent sur leur savoir-faire plus que leur inspiration. Ceci dit, leur engagement sans faille finit toujours pas emporter l’adhésion.
Encore un album solo d’un membre d’Arcade Fire qui semble un terreau fertile pour toutes ces expérimentations. On a compris que c’est le couple Butler/Chassagne qui est aux commandes, libres aux autres de polir le son et de trouver ailleurs un exutoire à leur créativité, quitte à s’éloigner franchement du camp de base. On retrouve don du rock garage balancé (Will Butler), de la musique instrumentale au violon (Sarah Neufeld) ou dans le cas qui nous occupe du batteur Jeremy Gara, des pièces abstraites et confinant au drone.
On avait aussi entendu quelques albums folk délicats de la part des batteurs Philippe Selway (Radiohead), Tyler Ramsey (Band of Horses) ou Josh Tillman (Fleet Foxes) et on n’entendra donc rien de tout cela ici puisque cet album purement instrumental ne présente pas réellement de rythmique. Ce qui est étonnant de la part de celui qui vient d’insuffler de la vie à l’album de Sarah Neufeld.
Une fois qu’on a compris que sa musique était un travail du son, on peut constater qu’il y a toujours une ligne mélodique qui sous-tend tous les morceaux qui ne dégagent jamais d’impression malsaine, même quand un orgue déglingué secoue The Dupe. Il arrive aussi à varier les ambiances, entre le plutôt rude Judgment Dialogue el le dense The Desert en passant par l’équilibre plus marqué de Chicago.
Si vous faites partie des nombreux fans d’Arcade Fire en quête d’un petit supplément de rock héroà¯que, il faut quand même que vous sachiez que vous ne le trouverez pas ici. Le drone expérimental et abstrait de Jeremy Gara doit être abordé en connaissance de cause. Mais cette précaution d’usage notifiée, il faut constater qu’il pratique le genre avec compétence et légèreté.
Avec son gros son (compact et un rien trop compressé) et une voix éraillée, ce groupe écossais semble est taillé pour le succès. Leur premier album part en tous cas bien fort. Rose en particulier ne là¢che pas l’emprise, que du contraire même. N’en attendez pas vraiment de couplet-refrain pour entrainer le tout, mais un gros riff de guitare, une rythmique simple mais implacable, comme celle des Editors de la grande époque, où le son produit sur scène à quatre était assez incroyable. C’est sans doute leur meilleure carte de visite pour le quatuor.
Evidemment, on guette le second souffle après un démarrage pareil, même si le tempo ne ralentit que rarement (Covenant (III)). Cette voix est puissante et éraillée du chanteur Pat Hynes est en effet un rien moins à l’aise dans la lenteur. Parce que oui, il y a de la balade, ce qu’on soupçonne dès l’entame de l’album. Doll House a donc tout à fait sa place sur cet album et a une fin qui ne faiblit pas. On pense aux premiers Killers même si la qualité n’est pas aussi constante.
Ceci est un premier album abordé pied au plancher et faisant l’économie de la subtilité. Il témoigne en tout cas d’une belle fougue et de beaucoup d’envie, mais à titre personnel, j’aimerais qu’ils embrassent une lourdeur et une noirceur qu’on n’aperçoit que par prometteurs à -coups ici.
Il avait fallu un album pour qu’on prenne toute la mesure de cet étrange duo, pour que la fausse nostalgie ne masque pas leur étrangeté et leur singularité. Une fois la porte trouvée, on ne cherche plus jamais la sortie et on va encore rester un bon bout de temps chez eux, c’est certain.
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