Accueil > Critiques > 2016

Moonface with Siinai - My Best Human Face

mardi 7 juin 2016


Sans doute qu’un jour Spencer Krug aura la notoriété qu’il mérite. Sans doute que son fantastique album Julia With Blue Jeans On sera un classique, peut-être même que ses concerts qui dévastent l’à¢me seront remplis à craquer. On reconnaîtra peut-être aussi que Wolf Parade est un des derniers grands groupes de rock par la fièvre qu’ils ont toujours. Et puis on redécouvrira la folie de Sunset Rubdown, la complexité de Swan Lake et la profondeur de ses collaborations avec les Finlandais de Siinai. En attendant, on se bornera à prêcher sa bonne parole dès qu’on peut.

Il y a quatre ans déjà , on avait apprécié ce qu’avait donné la collaboration entre le Canadien et ses comparses nordiques. Heartbreaking Bravery était sombre et dense, plus direct aussi que ce que Krug nous avait proposé jusque-là . Moonface with Sinaii, c’est donc assez différent de Moonface tout court. Et ce qu’on entend ici se rapproche plus de ce que propose Siinai tout seul.

Evidemment, il y a Spencer Krug à la manœuvre, en tant que chanteur et musicien. Si les parties instrumentales ont été enregistrées en Finlande en 2014, les voix et les chœurs sont bien postérieurs, ajoutés par Krug à son retour au Canada. Bien franchement, on ne sent jamais l’assemblage. Si on n’a pas droit au piano-voix qui vrille l’à¢me, on retrouve une nouvelle version plus policée de City Wrecker qui servait aussi de plage titulaire à son précédent EP.

Pour le reste, le paysage reste tendu et varié, entre le gimmick tout en montées et descentes du marquant They Call Themselves Old Punks et même quand ça a la teinte de synth-pop, on entend une vraie pulsation (Prairie Boy). Le bouillonnement est en effet toujours présent sous la surface de The Nightclub Artist, sous la tension du déjà connu Risto’s Riff.

Un Ugly Flower Pretty Vase part sur un mode musical et dégage tout de même une belle intensité. Pas à dire, ce groupe lui convient bien, lui permettant même de retrouver une belle lourdeur héroà¯que sur le final The Queen of Both Darkness and Light. Et c’est encore une fois grandiose. Un jour j’écrirai l’article que j’ai en tête sur les morceaux de fin d’album. Pensez ici à un slow de Procul Harum qui se serait retrouvé sur Funeral d’Arcade Fire. Ce qui est différent de la bande Buttler/Chassagne c’est le niveau d’auto-flagellation qui est plus proche de Robin Propper-Shepard.

I never planned to be this shitty singer/Come slither through your door/I always planned to be something/A little bit more

You never planned to be the Queen/Of both Darkness and Light/But a spirit that is free/Is a spirit that has always been/Deaf and dumb and blind

Si Spencer Krug lui-même ne semble pas certain de collaborer de nouveau avec Siinai, il n’en reste pas moins que leur fusion est assez remarquable, mêlant adroitement une musique tendue et la force d’interprétation de Krug. Encore une belle réussite pour un des artistes majeurs trop méconnus de notre époque.


Répondre à cet article

  • The Notwist – News from Planet Zombie

    L’indie est une organisation souvent en marge, une éthique mais aussi une esthétique. Laquelle a sensiblement évolué pour ne plus être distinguable du mainstream. Mais ça n’a pas été toujours le cas et certains vétérans viennent nous le rappeler.
    Le dernier album en date des Allemands de The Notwist avait plu faute de laisser un souvenir tenace. Gageons que les choses seront différentes ici (…)

  • Edgär - Behind The Wall

    Les bonnes surprises peuvent aussi surgir de ce qu’on croit connaitre. Si 5 morceaux (on avait partagé) étaient déjà entendus, l’écoute de ce quatrième album du groupe d’Amiens permet d’en appréhender l’excellence. Le produit fini et complet est donc bien réjouissant.
    Parce qu’il est rentre-dedans avec ce qu’il faut comme petites touches de sons froids et de consistance mélodique pour que le (…)

  • Chaton Laveur - Labyrinthe

    C’est éminemment subjectif mais quand j’entends un nom de formation comme ça, je suis déjà dans de bonnes dispositions. Lesquelles sont encore renforcées par le souvenir d’un premier EP qui posait de très belles bases.
    Le truc de Chaton Laveur, donc, c’est de s’appuyer sur des bases krautrock pour une euphorie bien plus pop. Le duo liégeois (Julie Odeurs et Pierre Lechien) est cependant (…)

  • Louis Jucker - A Pharmacy of Songs

    Difficile de concevoir une carrière parallèle aussi éloignée de son groupe de base que celle de Louis Jucker en marge des saignants Coilguns. On n’avait pas appréhendé cet écart au moment de relater Suitcase Suite et le croiser plus tard derrière l’album d’Elie Zoé. Mais on en prend toute la mesure avec cet étrange objet.
    Désolé d’avance pour la longue mise en place, mais cet album, ou ce (…)