vendredi 13 septembre 2019

Les artistes qui sont célébrés pour leur longue carrière ne le sont pas les plus productifs. Notre étrange hobby de critique nous pousse à nous concentrer sur le maintenant, sur ceux qui ont une actualité et une activité. Arno qui vient de fêter ses 70 ans pourrait trouver que c’est le moment de faire le point, de se laisser célébrer. Mais un vrai artiste ne se contente jamais de ça. Il lui faut de la fraîche, du nouveau son.
Il a fait tellement de choses qu’il est compliqué de ne pas avoir de biais. Entre TC Matix et A La Française, de Oh La La La aux Yeux de Ma Mère, il a touché tellement de cordes différentes qu’on ne sera jamais objectifs à son égard et ce n’est pas grave, cette objectivité n’est absolument pas nécessaire quand on parle de musique.
Le titre de ce quatorzième album solo est déjà du Arno pur jus, une version francisée du patois santeboutiek qui signifie mélange un peu bordélique. Il y a encore des façons d’enrichir la langue française par contact. Le tempo aide sur cette plage titulaire à faire passer sa vision de la vie de couple qui n’est pas très positive. On sent que musicalement, le modèle en la matière ce sont les Stooges (dont le leader septuagénaire sort un album cette semaine). On aime le côté sec de Naturel, ses surgissements sur fond musical tendu. Ca Change est plus proche de sa veine TC Matic. Il commence bille en tête avec quelques sons un peu industriels et c’est rock sans se planquer derrière des murs de guitare. La section rythmique est en avant, aux aguets. à‡a fonctionne pour que des refrains comme ’vive les saucisses de Maurice’, il faut garder son sérieux pour se permettre des surgissements. C’est le versant blues de cette voix, la variante Tom Waits qu’il continue à peaufiner.
Ostende Bonsoir est déjà un de ses grands morceaux. Evidemment, sa ville natale reste une source d’inspiration, lui qui avait là¢ché la version définitive du Comme à Ostende de Léo Ferré. Pas de reprise ici cependant, alors que c’est un de ses domaines d’excellence.
On a beaucoup écouté Arno et puis moins, comme si on sentait qu’il avait moins à nous dire. A tort sans doute. C’est donc sans doute la énième fois qu’on parle d’un retour en forme d’Arno mais force est de constater qu’il continue à mettre en avant ce qu’il sait faire (la gouaille, la voix revenue de tout mais maîtrisée, la douceur inattendue) en ajoutant suffisamment de variations pour ne pas lasser un public qui le suit depuis longtemps. Ce n’est ni un album crépusculaire (même si les thèmes sont pleins d’expérience) ni un album de faux jeune se réfugiant dans des chimères rock mais un album solide et entier, musicalement comme dans tout ce qui nous attache à cet irremplaçable compatriote.
Ce n’est pas parce qu’on a déjà beaucoup fréquenté un artiste qu’on ne peut plus être dérouté. Après quatre albums (beaucoup) écoutés, cette nouvelle proposition d’Olivier Savaresse a demandé un peu de temps pour nous devenir pleinement familière.
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