lundi 27 janvier 2020

On se souvient de l’adage ‘on dit que l’art est expérimental quand l’expérimentation a raté’. Et on peut dire qu’elle a plutôt réussi sur cet album des Canadiens de We Are The City puisque leur musique aventureuse mais compacte est arrivée à nous tenir en haleine au fil des écoutes. Sans doute grà¢ce à ces morceaux à tiroirs, d’une espèce qu’on semblait révolue depuis les Menomena d’antan. C’est donc de l’art-rock comme on l’aime, anguleux, aventureux mais pas trop rèche. On pense aussi à White Wine dans la même démarche sans barrière et au résultat gratifiant.
Ce RIP se veut un ‘contrepoint prog-pop’ à At Night qui nous avait déjà plu et commence de bien belle façon par un Killer B-Side Music qui se fend en deux sur un son de guitare extrêmement distordu avant de reconstituer aussitôt. Avant d’enchaîner avec la solidité de Song In My Head au refrain qui adoucit le tout. Ils manient d’ailleurs bien le chaud et froid, comme si Xiu Xiu avait des envies funk ou de post-punk un peu débraillé , dérivant en une imprécation plutôt intense (You’re So Clean). Comme si Spoonavait défait sa chemise, laissant des moments en suspens qui créent de la tension (Obviously, Me + Me), avec des changements de braquets inévitables mais servis avec fluidité (Saint Peter).
Il y a même des presque instrumentaux (You Can’t Blame Me But You Can Blame Yourself) qui nous ramènent à des choses comme les groupes de Bradford Cox (Deerhunter, Atlas Sounds). La voix haut perchée est assez élastique pour ne jamais être en danger dans ces circonvolutions. Si la belle versatilité du premier volet se confirme, la tendance est ici clairement plus aventureuse et tortueuse, tout en restant remarquablement accessible. On adore de toute façon cette formation qui arrive à nous secouer tout en nous maintenant dans le sens du poil. Vous savez ce qu’il vous reste à faire.
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