Accueil > Critiques > 2020

Sébastien Brun - Ar Ker

mercredi 24 juin 2020


Les apparences sont parfois trompeuses. Les informations glanées ça et là semblaient faire de l’album de l’artiste français un objet expérimental, aride et sans doute un peu difficile. Peut-être à cause des références à la musique concrète, à la démarche qui mêle l’improvisation et un vrai goà »t de l’aspect mathématique de la musique tel que relaté dans cette intéressante interview. Allez savoir. Mais comme il y est dit, la musique est une vibration et elle s’adresse au corps. Message reçu à 100%.

Comme toujours, il est difficile de commenter du son mais la subtilité avec laquelle il lance progressivement Ker est remarquable. Tout s’enchaà®ne, tout se suit, tout progresse. D’ailleurs, cet album est aussi proposé d’une traite dans le lecteur Bandcamp et si tout le monde n’a pas 33 minutes pour se faire une idée, en isoler une partie ne donnerait qu’une image tronquée de l’ensemble. D’ailleurs, cet album est revendiqué comme étant enregistré en live sans overdubs, ce qui est parfaitement cohérent avec le résultat.

On entre donc progressivement, comme on prend sa place pour un live. Et c’est plutà´t organique, avec du chant (en créole, mais on ne nique pas pour une fois), une utilisation de répétition, de mélopée pour constituer un mélange sans grumeaux, pour un résultat de transe légère.

La structure de cet album est assez proche de celle d’Owen Pallett dont on vous parlait récemment, avec des groupes de morceaux séparés par des intermèdes musicaux. Interlude I pousse le curseur vers des sons plus industriels, avec un rythme qui s’intensifie et sert de rampe de lancement à Koroll tout en marquant un point de basculement de l’album. Et c’est peu de dire que ça pousse. C’est dense, avec un sens de la répétition parfaitement balancé par des apports extérieurs, une distorsion judicieuse et un sentiment de puissance assez jouissif. Il faut remonter à Health pour des plaisirs similaires.

La pression doit forcément se relà¢cher. Mais pas pour longtemps, le faussement nommé Empty se gave d’intensité et de lourdeur pour que ça puisse se serrer de nouveau.

On ne l’a pas vu venir. Pas sur papier o๠on sentait un album plus cérébral. Ni avec un extrait qui montrait certes déjà que c’était puissant et organique mais ne présentait pas une image complète. Ni avec des premiers morceaux tout en progression. Plus qu’un album, c’est un set, voir un trip qui est proposé ici. Les live ne sont certes pas sur le point de reprendre, mais ceci devrait en constituer une matière de premier ordre. En tant qu’album, c’est une irrésistible fusée à étage qui vous propulsera sur orbite à chaque fois.


Répondre à cet article

  • Sparkling - We

    On vous avait déjà parlé de l’éclectisme des Allemands Sparkling et si cette caractéristique se retrouve toujours, ils ont sensiblement déplacé le curseur. Exit la composante post-punk ou les allusions à Wire, le virage est plus pop. Et réussi comme on va le décrire.
    D’emblée, We sonne presque comme du Sparks. Et cette veine se retrouvera au détour des plus rentre-dedans et électriques (…)

  • Kety Fusco - Bohème

    L’efficience est la capacité à obtenir un résultat optimal avec le moins de ressources possible. Si ce n’est pas un concept fort usité en musique, parce qu’il n’y est pas très pertinent, on peut déjà dire que Kety Frusco n’est pas une artiste efficiente. Sans que ça n’en diminue les mérites.
    Aussi étrange que ça puisse paraà®tre, ce n’est pas du tout la première fois qu’on vous parle de (…)

  • Glass Museum - 4n4log City

    Voici donc le second troisième album du groupe de Tournai, faisant toujours la part belle au piano et à la batterie. Le concept étant maintenant connu, il était temps pour eux d’élargir leur horizon. Antoine Flipo et Martin Grégoire ont en effet recruté un troisième membre en la personne du bassiste Issam Labbene tout d’abord. Il fait par exemple un excellent boulot en habillant Gate 1 mais sa (…)

  • Camilla Sparksss - ICU RUN

    Barbara Lenhoff l’avait bien dit à la sortie de son album plus apaisé Lullabies, ce n’était qu’une digression. Et pour brillante qu’elle était, il faut admettre qu’elle était moins percutante que le formidable Brutal. On est donc plus que satisfaits d’un retour vers cette veine puissante qui prend un peu le temps de placer les choses avec les sons fondus d’Holy Shit.
    Elle a donc besoin d’un (…)