mardi 1er septembre 2020

On ne va pas se mentir inutilement, si le dernier album de Bright Eyes remonte à plus de neuf ans, ce n’est pas exactement une attente fébrile qui nous tenait. Certes, People’s Key nous avait vus nous quitter en très bons termes mais ce qu’a fait Conor Oberst depuis a été au moins aussi bon et bien souvent supérieur, surtout si on pense au magnifique Ruminations ou au premier album de Better Oblivion Community Center avec la tellement précieuse Phoebe Bridgers.
Donc, ce dixième album tout de même s’annonce plus comme une surprise que comme un évènement. Pourtant, on le sait, dans le monde de Conor Oberst, Bright Eyes a sa propre spécificité, et on la retrouve d’emblée. C’est musicalement, avec l’apport de Mike Moggis, que tout prend son sens.
Dance and Sing est un beau retour en forme après l’inévitable (et souvent dispensable) morceau d’intro. Même les versions plus enrobées de Ruminations qu’on retrouve sur Salutations sont plus conformes aux poncifs americana. Il y a un souffle bien différent, la pulsation de Once In The World n’est sans doute pas pas au niveau d’originalité du fantastique Digital Ash For a Digital Urn mais s’en approche bien franchement, avec cette fin tout en cordes entrelacées, avec un chorus instrumental qui se déploie comme on étend ses ailes, le tout en gardant une durée tout-à -fait conforme aux standards pop.
Le résultat est plus accessible, moins rude que sur les albums solo de Conor Oberst qui sont sans doute réservé à des auditeurs déjà conquis à la cause folk et qu’un harmonica suffit à convaincre pourvu que l’écriture soit brillante (on se range là -dedans bien entendu). Comme toujours avec lui, le sens mélodique reste remarquable sur Stairwell Song qui avec son un refrain qui pousse se présente comme un des morceaux les plus percutants de cet album.
Il y a évidemment des cuivres et puis des cordes parce que c’est une musique riche. Même si la chanson fait clairement référence à la dépression, voire au suicide, la forme n’est jamais aussi extrême que ses sujets. Ce thème revient sur Hot Car In The Sun, morceau plus minimaliste selon les standards de la formation. Vous entendrez même de la cornemuse sur un Personna Non Grata qu’on connaà®t depuis quelques mois maintenant.
L’ampleur peut aussi un peu perdre l’auditeur, avec moultes incrustations sonores (Forced Convalescence) mais dans versant facile, Comet Song est une ballade poignante pour ceux qui aiment ça, avec tous les effets qu’on est en droit d’attendre de l’exercice. Et puis il y a ces gimmicks qui font mouche. La guitare de To Death’s Heart (In Three Parts) est à cet égard renversante. Oui, c’est pour ce genre de moment qu’on est venus, avec en prime des références au Wish You Were Here de Pink Floyd.
Si on n’avait pas attendu avec anxiété ce nouvel album, on n’en boude pas son plaisir pour autant. Avec le temps, on a non seulement appris à faire sans Bright Eyes mais à préférer les projets parallèles. Mais il faut se rendre à l’évidence, la mise en son et son ampleur, bien supérieure à ses équivalents justifie de reformer le désormais trio pour livrer un album qui n’a pas peur de ses effets et qui contient de vrais morceaux de bravoure.
Phoebe Bridgers est une figure tutélaire assez imposante dans le landerneau des musiques apaisées. Certes, elle est elle-même moins omniprésente que dans un passé récent, mais son ombre plane sur énormément de projets, de Benni à Searows dont on découvre un second album après un EP qui nous avait bien tapé dans l’oreille.
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