Accueil > Critiques > 2023

Beirut - Hadsel

jeudi 30 novembre 2023


Bien honnêtement, quand on a découvert Beirut en 2006, on ne se doutait pas qu’on allait suivre le jeune Zach Condon pendant plus de 17 ans. Cette musique fortement influencée par les fanfares balkaniques a suscité d’emblée l’intérêt mais le procédé semblait trop étriqué pour s’inscrire dans la longueur. On avait tort, forcément, et ceci en est un nouveau rappel.

En première écoute, ce Hadsel est plutôt en demi-teinte, c’est une constante depuis un petit temps, et cette fausse discrétion leur va bien au teint, et permet à la voix de Zach Condon de prendre plus de place. On ne dira jamais assez la place centrale qu’elle a, le cachet qu’elle dégage. Elle a pourtant failli lui échapper et cette quête pour la reconquérir tout en surmontant le fiasco d’une tournée manquée (pour cause de covid) l’a amené un peu par hasard sur l’île de Hadsel au large de la Norvège
Inspiré par un vieil orgue à pompe et tout le matériel analogique qu’il avait amené dans ses valises, il s’est mis seul à l’écriture de ce sixième album. Non, il n’y a pas de cuivres partout. Ou plutôt, ils ne tiennent plus les premiers rôles mais viennent tout de même appuyer Baion. On retrouve par contre beaucoup cet orgue, qui peut aussi se faire bien brouillardeux sur Melbu.

Peu de morceaux se dégagent comme singles imparables, c’est un album à l’ambiance cohérente et à la qualité constante auquel on a affaire ici. Pas de gras, pas de mélodie faiblarde, pas de pas hors du mood, tout est en place. On se rend compte aussi que ça peut être vu comme une limitation, cette absence de tête de gondole et cette relative uniformité. Mais en tant qu’amateur d’album en général (une position clairement à contre-courant, ou qui montre notre à¢ge), ce n’est pas un obstacle.

Un album de Beirut ne peut pas être terne, ce côté un peu délavé est au cœur même de leur style, de leur flamboyance rentrée. Si ce groupe ne suscite plus des commentaires, il n’en reste pas moins une valeur sà »re, ce celles qui évoluent suffisamment pour garder leur pertinence mais suffisamment peu pour qu’on retrouve leur style avec autant de plaisir malgré les années.


Répondre à cet article

2 Messages

  • Beirut - Hadsel 2 décembre 2023 07:33, par Laurent

    Oui, c’est un album très solide sans être le moins du monde démonstratif. Symptôme évident : j’ai attendu trois bonnes semaines avant de déballer le CD que j’avais achetés, débordé par l’actualité musicale et sans engouement particulier pour un nouveau Beirut. Et puis dès la deuxième ou troisième écoute, tout se met en place : les mélodies tiennent vachement la route, la voix berce toujours, tout est bon... no filler comme ils disent. Un très bel album qui commet seulement l’erreur d’être un très bel album de plus dans une discographie déjà très (trop ?) impressionnante.

    repondre message

    • Beirut - Hadsel 4 décembre 2023 07:45, par marc

      Pareil, je ne me suis pas précipité sur cet album mais j’y suis revenu souvent. Le style évolue par petites touches mais tout fonctionne.

      repondre message

  • Modest Mouse - An Eraser and a Maze

    L’avantage du temps qui passe, c’est qu’un moment donné, il ne sert plus à rien de ’courir après’, les modes sont passées et rester soi-même est la stratégie la plus payante. On l’a constaté avec les albums récents de Broken Social Scene, Ladytron ou The Notwist et c’est déjà ce qu’on ressentait il y a onze ans au moment de la dernière critique publiée (on avait involontairement manqué The (…)

  • Of Montreal - Aethermead

    Une pochette toujours foisonnante mais en noir et blanc cette fois-ci, c’est le premier contact qu’on a avec ce treizième album critiqué en nos colonnes. On a donc une familiarité certaine avec la formation de Kevin Barnes mais on sait aussi que ses aspirations du moment influencent sensiblement le résultat, du plus calme au plus délirant. Donc, dans le contexte d’un album d’of Montreal, ceci (…)

  • Xiu Xiu - Xiu Mutha Fuckin Xiu vol.1

    Une personnalité aussi forte que celle de Xiu Xiu est un appel à la reprise. On connaissait leurs reprises depuis longtemps, c’est peut-être via leur cover de Don’t Cha qu’on s’était frottés une des premières fois à leur univers. Les morceaux présentés ici sont une compilation de ceux qui sont proposés mensuellement à leurs souscripteurs Bandcamp.
    Le trio s’approprie forcément ces morceaux (…)

  • HEALTH - CONFLICT DLC

    Il est des artistes qu’on aime précisément pour leur radicalité. S’ils ont su arrondir les angles parfois, on dénote chez A Place To Bury Strangers, Xiu Xiu ou HEALTH une propension à en faire trop parce que c’est comme ça qu’on ouvre des voies, qu’on évite la tiédeur.
    Ce qu’on a dit du précédent RAT WARS s’applique bien toujours ici. Les sons de guitare peuvent être rà¢peux, c’est toujours (…)