Accueil > Critiques > 2024

Nicolas Jules - La Reine Du Secourisme

vendredi 15 mars 2024


Jusqu’où s’arrêtera-t-il ? Practice makes perfect, tel est le dicton dans une langue non pratiquée par Nicolas Jules. Mais force est de constater qu’il le met en application avec un rythme de publication quasi annuel qui voit son œuvre se polir et se distinguer. Il se situe pour cet aspect-là dans le sillage du regretté Murat.

Une musique n’est pas parfaite quand il n’y a rien à ajouter mais quand il n’y a plus rien à retirer. Fort de ce précepte, Nicolas Jules a forgé un style aussi facilement identifiable que compliqué à définir. Si ce n’est pas aussi poussé que chez un Andrew Bird par exemple, le violon tient souvent les avant-postes. Comme chez le maître chicagolais, le fiddle structure les morceaux (Poignarder La Fumée) plus qu’il ne les rehausse a posteriori. On aime donc le joli violon de Sept Huit Deux Mille Vingt Trois et on profite à fond des morceaux enlevés comme Vos Oreilles ou Six Heures et demie.

Et puis les fins de morceaux peuvent être plus percutants comme Serviette en Papier décolle. On aime donc parce qu’il y a beaucoup de musique chez lui. Pas de bruit, pas d’esbrouffe mais la conjonction de la forme et du fond est toujours poussée au maximum.

Côté fond donc, il y a toujours cet humour distancié, cette propension à faire les choses sérieusement sans se prendre au sérieux. Ce qui fait qu’on a tout de suite adhéré à Nicolas Jules sans trouver la porte d’accès à un Bertrand Belin. Le conformisme étant toujours visé, ici avec Perroquet faisant écho à Mort Aux Photocopieuses de l’album précédent. On devine que ce n’est pas une pose, que c’est viscéralement ancré en lui. Et un des côté pile est la vie décrite par Les Persiennes qui contient sans doute des éléments autobiographiques. C’est désarmant de sincérité sans jamais être frontalement prosaà¯que. C’est la poésie qui sert de pudeur chez lui. Les géants peuvent être discrets et je vous conseille donc celui-ci.

à‡a s’achète ici
Mais vous pouvez vous faire une idée des albums précédents ici. (il est notoirement allergique aux plateformes).


Répondre à cet article

  • La Rive - Je Suis une Terre

    Il semble incommensurablement profond, le puits des découvertes. Fort heureusement, ceux qui l’habitent se signalent à nous et bien souvent, le plaisir est au rendez-vous. Voici donc La Rive, duo chant/musique avec qui la connivence s’est établie tout de suite. Pourtant, il n’y a pas d’introduction progressive, on est tout de suite dans le bain la poésie franche et lucide de Mikael Charlot. (…)

  • ML - Tout Bas

    Quand on partage des communiqués de presse via des brèves, c’est par souci d’exhaustivité, ce qu’on y présente couvrant un spectre plus large que celui de nos goûts (litote). Mais il arrive aussi souvent qu’on en profite pour faire de belles découvertes. Ainsi, La Fête de la bruxelloise ML nous avait tapé dans l’oreille si on peut dire. Et dans un contexte où les artistes fancophones (…)

  • Olivier Savaresse – Calamity Jane

    Ce n’est pas parce qu’on a déjà beaucoup fréquenté un artiste qu’on ne peut plus être dérouté. Après quatre albums (beaucoup) écoutés, cette nouvelle proposition d’Olivier Savaresse a demandé un peu de temps pour nous devenir pleinement familière.
    C’est le chant qui déconcerte le plus, même si on est déjà bien familiers de son œuvre. Les textes sont ciselés mais plutôt descriptifs et ils (…)

  • Sam Sauvage - Mesdames, Messieurs !

    Elle est étrange, cette façon très française d’incorporer beaucoup d’ancien dans la musique moderne. Sans doute pour opposer une proposition plaisante face à l’hégémonie du rap, des artistes émergents mêlent une forme un peu moderne à des thèmes et surtout une façon de chanter très ancrée dans une tradition très vieille. Que ce soit Claude, Zaho de Saghazan ou Clara Ysé ou encore Eddy de (…)