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Vincent Delerm – La Fresque

vendredi 27 juin 2025, par marc


On sait qu’un nouvel album de Vincent Delerm n’est pas vraiment nouveau. Ce n’est pas ce qu’on attend de lui de toute façon et on s’est souvent surpris à penser qu’on avait déjà entendu certains morceaux. Mais on ne s’est jamais lassés, parce qu’on sait qu’on peut rester conservateur sans être nécessairement ringard. Ce que d’autres n’ont pas compris.

Cette Fresque a même droit à un premier morceau comme générique. Et il était logiquement utilisé comme bande-annonce, je veux dire single. Il présente donc ceci comme album “peuplé, rempli d’évocations de personnages et rempli musicalement. De voix, de chœurs, d’instruments, d’orchestre “. Et on peut dire que c’est une description honnête, même si cette note d’intention pourrait s’appliquer à toute sa discographie.

Parce qu’il ne dévie pas d’un iota. On entend toujours énormément de courtes évocations. Avec le point central de son œuvre qui est de partir du très concret, voire de l’anodin et éminemment biographique pour toucher à quelque chose d’universel. Parce que ces souvenirs sont les siens, certes, mais les émotions valent surtout quand on les partage. A deux pour une rencontre (Se Plaire, J’Ai Cru Seulement que tu Aimais Les Pyrénées) ou à beaucoup plus. Parler de lui très indirectement est sa façon d’être aux autres.

C’est un thème qu’il a abordé par le passé (dans La Natation Synchronisée par exemple) mais il est encore plus présent ici. Il y a carrément deux chansons qui en traitent sur un mode pratiquement identique, L’Armée des Ombres Fragiles et Plusieurs. L’idée que ce sont les émotions qui nous connectent, pour créer du collectif à partir d’individuel traverse cet album encore plus que les autres. Evidemment, pour que ça fonctionne, il faut que les expériences soient comparables, et c’est aussi une limitation, il faut que les innombrables références, qui souvent s’entrechoquent, évoquent quelque chose. C’est facile pour Madonna (Louise Ciccone à l’état civil) ou Lana Del Rey, c’est plus incertain avec Jarvis Cocker ou Emmanuel Carrère. Ayant le même âge que lui (à 13 jours près...), ça me parle souvent.

S’il est souvent question d’émotions, de ressenti, il manque peut-être ici les morceaux qui serrent le cœur, La Vie La Mort l’Amour restant le meilleur candidat. Mais c’est le spleen général qui est marquant, comme d’habitude. Comme d’habitude aussi, on retrouve des choses souvent entendues, comme ‘Ce Soir’ ou ‘La Ville’ à tous les coins de chanson.

Le précédent Panorama ouvrait un peu les fenêtres en demandant à une série d’autres artistes de produire les morceaux. Et c’était une excellente idée qui lui a valu quelques belles réussites. En revenant à une vision plus personnelle, il retrouve un univers moins étendu. Certes, il y a quelques minimes audaces, comme D’Autres Vies Que La Tienne qui commence tel un morceau de Vampire Weekend mais ce n’est toujours pas formellement moderne non plus.

Ce n’est pas grave de faire la même chose si c’est du bon la même chose. Cet album indéniablement élégant ne séduira certainement pas un nouveau public mais ne devrait pas non plus s’aliéner celui qui existe déjà. Un album conforme à l’attente pour ceux pour qui les mots ‘évolution’ et ‘moderne’ sont des repoussoirs.

    Article Ecrit par marc

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