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Other Lives – V

vendredi 31 octobre 2025, par marc


Dans les réunions de parents, j’imagine qu’il doit être déroutant d’être face aux géniteurs des très bons élèves. Si ça ne doit jamais être tendu, il faut sans doute être créatif. L’excellence appelle finalement peu de commentaires. C’est une situation similaire pour le critique aux prises avec le très bon cinquième album du groupe de Stillwater, Oklahoma.

A l’instar de Grizzly Bear, c’est une formation dont on applaudit le résultat sans nécessairement chercher à savoir comment c’est fait. On se contente d’apprécier la majesté, la sensation d’apesanteur apportée par les chœurs de Versailles. What’s It Gonna Take fait maintenant partie de leurs grands morceaux avec ses chœurs seventies mais une rondeur qui n’est ancrée dans aucune époque. C’est un exploit de rendre tout ça ample mais jamais kitsch.

Tout fonctionne ou presque mais on peut tout de même isoler les magnifiques cordes d’Heading West. Ou alors les penchants cinématiques de Cisa Cisa, avec une fin assez ébouriffante qui maintient le cap tout en empilant les couches de son. Ils enchainent avec la limpidité du clavier de Read My Mind.

Pour un grand album, il faut des morceaux qui soient bons mais il y a aussi ici le charisme, la façon peu démonstrative (dans le chant notamment) d’être ample, ce qui garde leur séduction intacte. Voici donc un album qui impressionne en première écoute et qui ne nous a pas lâchés à la dixième. Sans crier gare, sans jamais se renier, Other Lives plante un des albums de l’année.

    Article Ecrit par marc

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4 Messages

  • Other Lives – V 2 novembre 18:34, par Laurent

    D’abord, en tant qu’expert en réunions de parents, je dois dire que les commentaires positifs sont plus difficiles à pondre dans le bulletin, mais qu’on passe quand même un meilleur moment en entretien quand le bulletin en question est bon. Pas besoin d’être créatif : il suffit de dire que le congé n’aura pas été volé.

    En l’occurrence, les gars d’Other Lives font bien de prendre leur temps entre chaque disque. Ça permet de les oublier un moment, et ils reviennent chaque fois avec une copie impeccable. C’est toujours bien fait, parfois un rien trop propre, mais l’émotion peut affleurer au détour d’un morceau, d’un album entier ou juste parce qu’on était dans les bonnes dispositions pour les recevoir.

    "Volume V" renoue effectivement avec la force tranquille de "Tamer Animals". Pour l’anecdote, c’est amusant d’ailleurs ce "Heading West" qui vient s’offrir en petite sœur du "Heading East" de 2011. Aucune chanson ne me bouleverse à proprement parler mais toutes me touchent, et ça rappelle souvent nos chouchous (Show Us Some Love, on dirait un peu du Veils ; What’s It Gonna Take, on dirait un peu du National ; Mystic, on dirait un peu du Richard Hawley). Donc je ne sais pas où se situera ce "Volume V" dans le classement qui arrive d’ici deux mois (j’ai arrêté de compter les albums enthousiasmants cette année)... mais oui, c’est quand même à ranger dans la frange supérieure.« »

    Dans ce genre musical qui n’a plus rien de l’air du temps, c’est gai de pouvoir compter sur des valeurs sûres (Grizzly Bear prépare son comeback, on est chaud on est chaud). Dans un style sensiblement différent mais pas davantage à la mode, c’est la deuxième fois que je suis épaté en une semaine par des artistes connus pour être doués mais qui se sont vraiment surpassés. Autant je soupçonnais ce 4 étoiles mérité pour Other Lives, autant j’ai hâte de lire ta critique du nouveau Anna von Hausswolff, qui m’a mis un beau coup de bambou ce week-end. Bonjour chez vous !

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    • Other Lives – V 3 novembre 17:46, par marc

      L’introduction était surtout rhétorique, motivée par mon incapacité à commenter en profondeur ce qui est sans doute une des réussites de l’année. Bon, j’espère être plus inspiré pour les évaluations annuelles.

      Quand on est concentré sur les sorties, c’est vrai qu’on a le temps d’oublier ceux qui publient à plusieurs années d’intervalle. Et c’est souvent pour le meilleur, comme pour Other Lives ou Patrick Wolf (cas rare de très long intervalle). J’aurais du mal à mettre un morceau en avant, tout fonctionne ici, c’est sans doute ça la performance.

      Bonne nouvelle pour Grizzly Bear même si pour le moment, je ne vois que des sorties de jolis vinyles en couleur. Pour préparer le terrain en conjonction avec des nouvelles dates de concert ? A suivre bien évidemment.

      ‘Coup de bambou’, c’est plutôt connoté négativement, non ? Je ne vais pas déflorer mon avis sur Anna von Hausswolff, c’est au minimum un album imposant, comme c’est la mode ces dernières semaines avec les très prolixes Benjamin Biolay (mon avis se précise) et Mono. La fin d’année est souvent un des meilleurs moments de toute façon.

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      • Other Lives – V 4 novembre 16:05, par Laurent

        "Coup de bambou" voulait dire, en gros, que l’album m’a sonné. Mais tu fréquentes sans doute assez d’ados pour savoir que la notion de péjoration en français a bien évolué ces dernières années : "je suis choqué", "ça m’a traumatisé" et "quel sale truc" n’ont définitivement plus le même sens au quotidien que celui que leur prête le Larousse. Je qualifierai donc l’album susnommé de "trop bien" (puisque le positif se caractérise désormais par l’excès, symptôme lexical de notre société de surconsommation et fière de l’être). Quelle langue fascinante. :-)

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        • Other Lives – V 6 novembre 18:13, par marc

          En vrai (sic) je pratique très peu le langage jeune mais le glissement de sens des expressions n’est pas un phénomène nouveau. Les acceptions de ‘coup de foudre’ ou ‘faire long feu’ n’étaient pas les mêmes. Donc voilà, l’album d’Anna m’a donné un fameux coup de pompe. C’est bien ça ?

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  • Midlake – A Bridge Too Far

    Ce n’est pas un phénomène nouveau, la perception d’un album est très liée à l’attente. On ne va pas affirmer qu’elle n’était pas élevée à l’annonce d’un nouvel album de Midlake, surtout qu’ils n’ont jamais été qu’impeccables mais près de 18 ans ont passé depuis The Courage of Others. Qui reste peut-être leur sommet et ce genre d’émotions-là n’ont plus été atteintes à l’identique.
    Mais (…)

  • The Antlers – Blight

    S’il est une constante dans la discographie du désormais duo The Antlers, c’est la douceur. C’est elle qui leur a toujours permis de se singulariser, de rendre tellement attachants des albums qui comportaient moins d’adrénaline.
    Mais ce qui faisait le sel de la formation, c’est leur capacité à provoquer l’émotion par une tension, une intensité supérieure. Ici, Carnage reprend les mêmes (…)

  • Bright Eyes - Kid’s Table EP

    On a toujours apprécié les EP complémentaires, en tous cas bien plus que les rééditions augmentées sensées nous faire passer deux fois à la caisse avec du matériel connu. Les 29 minutes de ce Kid’s Table se profilent donc comme le prolongement idéal du Five Dice, All Threes de l’an passé.
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  • Caleb Nichols – Stone Age is Back

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