Accueil > Critiques > 2008

This Will Destroy You - This Will Destroy You

mardi 5 février 2008

Explosions de brouillard


Il y a un petit temps déjà que This Will Destroy You figure sur la liste des groupes post-rock à suivre. C’est comme souvent par un copieux EP qu’ils s’étaient fait un petit nom. Young Mountain montrait de très belles capacités, et même plus que ça puisque l’essai se voyait souvent transformé comme sur Some Remedies Are Worse Than The Disease ou The World Is Our qui résonnent encore comme des modèles du genre. La compacité et le sens mélodique faisaient mouche en tous cas. Nous verrons que la seconde qualité est toujours là mais la première s’est faite la malle.

Cette musique peut au choix se laisser porter discrètement par l’ambiance ou au contraire savourer le moindre des détails. Ce qui permet de les écouter à tout moment, bien que la première possibilité ait ma préférence. Dans cette optique, il est difficile de mettre un morceau ou l’autre en avant, même si toute la charge émotionnelle n’éclate que sur Treads, un bel exercice de pendage de mà¢choire. Il reste des arpèges mais plus simplement en conjonction avec une batterie pour appuyer un effet. Encore une fois, c’est sur le résultat plus que sur les moyens qu’il convient de s’appesantir et c’est à cette aune qu’on peut décider de la réussite de ce morceau. Toute la palette est balayée et on n’en sort pas indemnes.

Ils ont aussi osé les mélanges organique/synthétique et les réussissent plutôt comme sur Three Legged Workhorse. Il en ressort une ambiance plus pesante, renforçant l’intensité. Les montées en intensité sont d’ailleurs attendues, certes, mais interviennent souvent tard dans les morceaux. Ce ne sont pas des résolutions de tension mais de simples soubresauts. Les procédés qui ne visent qu’à mettre certaines parties d’un morceau en évidence ne sont donc pas les leurs. Ce groupe fait partie avec, disons, Joy Wants Eternity, d’une nouvelle génération de groupes post-rock américains soucieux de se débarrasser de comparaisons clichés (Mogwai et Explosions In The Sky) en appuyant moins leurs effets. Toutes proportions gardées, on peut dire que l’évolution de This Will Destroy You est parallèle à celle de nos excellents compatriotes de Cecilia::Eyes de ce côté-ci de l’Atlantique. D’une influence de Texans vers une émancipation plus apaisée et dense. Bien évidemment toute émancipation implique une maitrise technique que ces gaillards possèdent sans doute possible. Même quand on attend en vain qu’un morceau ne décolle (Leather Wings).

Parfois même ils sortent des sentiers balisés pour explorer d’autres routes. Villa Del Refugio ne comporte pas mettre de montée, joue simplement sur l’ambiance, sur les textures de guitare. C’est ce qu’on appelle le drone et qu’ils maitrisent visiblement fort bien également. Mais c’est étrange de le placer en seconde position, après un Three Legged Workhorse qui a été lent à l’allumage.

This Will Destroy You se présente comme une découverte à faire absolument pour tout qui apprécie le post-rock avec guitares. C’est qu’ils font preuve d’une maîtrise absolue qui les place haut dans les références du genre. Et si le style pratiqué les empêche d’être révolutionnaires, ils dominent leur sujet d’une façon telle qu’on ne peut qu’être convaincu. Cependant, leur format long privilégie plus les ambiances et les textures que les décharges d’adrénaline et il sera bon de le cantonner aux moments calmes de votre existence.


Répondre à cet article

  • Monolithe Noir - La Foi Gelée

    Il est étonnant qu’un style de musique à la fois ancien et de niche comme le krautrock a une vivacité et une variété bien actuelles. Une des incarnations les plus intéressantes était le projet d’Antoine Messager Pasqualini qui de trio redevient solo pour cet album.
    On entend certes des voix sur plusieurs morceaux mais le traitement est fondamentalement différent de ce qu’on entendra bientôt (…)

  • Ravage - Self-Titled

    Anthony Laguerre est un personnage récurrent de ce site, il est intervenu dans presque toutes les saisons. Si on avoue avoir passé un peu l’épisode IKI en accéléré, on l’a apprécié autant chez Filiamotsa que L&S, chez Piles comme Club Cactus, tout seul ou avec Jérôme Noetinger. Ici, il est ici flanqué des deux violonistes Bastien Pelenc et Mathieu Werchowski pour un résultat décoiffant qui (…)

  • You Doo Right & Nolan Potter - You II avec Nolan Potter (feat. (…)

    Il était temps que je vous parle de U2. Ah non, ce n’est pas ça... Parce que si oralement on pourrait confondre le nom du projet du jour avec les célèbres Irlandais, ce que vous entendrez ici est radicalement différent. Il y a tout juste un an, on découvrait avec un plaisir certain les Canadiens de You Doo Right. Leur rock instrumental était fort, puissant, poussé par une rythmique assez (…)

  • Sadge-AY-Star - Dark Pool

    Les gens qui mettent en musique les films qu’ils ont dans la tête ne sont pas rares. A une liste qui contient déjà des noms comme Ô Lake ou Abraham Fogg, il conviendra d’ajouter ce multi-instrumentiste. Mais il se distingue aussi de ses correligionaires par l’emploi presque exclusif de sons organiques. Le résultat est donc exempt de beats (mais pas de rythme comme on le verra).
    L’effet le (…)