lundi 25 août 2008, par

Eloge de la fuite
Il est sans doute facile de citer l’ouvrage de Guy Laborit en « chapeau », mais le contexte de l’album s’y prête. Pour ceux qui ne viendraient qu’occasionnellement nous rendre visite, Conor Oberst est le leader-auteur-compositeur-chanteur-guitariste de Bright Eyes. Pourquoi tenter l’échappée dès lors qu’il avait complètement la main sur son groupe de base ? Sans doute pour se sentir plus libre, même si les publics sont sensiblement les mêmes. Après Cassadaga qui, à part quelques moments plus bluegrass ou vraiment intimistes qui marchaient, proposait surtout des slows un peu mièvres, des mid-tempos pas toujours à la hauteur et qui marquait un temps d’arrêt, il retrouve un peu de liberté et de souffle. Et c’est logiquement dans le champ lexical du voyage (de la fuite ?) qu’il l’exprime. Certes, il ne faut pas tomber dans une exégèse exhaustive pour déduire ça, mais l’impression est assez prégnante.
On le retrouve aussi bien sur NYC-Gone Gone que dans ce manifeste trouvé au détour de Moab : There’s nothing that the road cannot heal. Et il se termine par un poignant Milk Thistle qui peut s’interpréter comme une envie de départ de la vie tout court : If I go to heaven/I’ll be bored as hell/like a baby/In the bottom of a well.
Musicalement, il faut évidemment passer en mode américain (Sausalito n’est quand même pas formidable). C’est que la country là-bas est un monde parallèle en soi. Mais on n’est pas dans la geignardise de la country mainstream qui se vend par paquets de mille. Il y a un terme pour cette variété de l’indie rock : alt.country. C’est d’ailleurs quand le style est ultra rabâché que la singularité de son chant ressort le mieux (I Don’t Wanna Die in a Hospital). Danny Callahan est comme ça, mélodiquement très accessible mais un peu fade. Mais le meilleur n’est pas là. Il redevient encore plus sobre par moments et c’est dans un état de grâce qu’on reçoit la charge de The Lenders in The Temple. Et c’est dans ces moments-là, le temps d’un Milk Thistle par exemple, qu’on se souvient que Conor Oberst est l’auteur de quelques unes des plus grandes chansons de notre temps. Si vous avez succombé à The First Day Of My Life, ou I Believe in Symmetry, il y a fort à parier que ces souvenirs forcément forts reviennent le temps de l’impeccable morceau de clôture de cet album.
Au total, Conor Oberst nous sort un album bien agréable, entre légèreté et profondeur. Ce petit pas de côté lui a fait du bien et les fans seront moins déconcertés que par, disons, Digital Ashes for a Digital Urn, mais en allant vers plus de simplicité, le finalement toujours jeune Conor Oberst prouve à ceux qui en doutaient encore qu’il peut nous valoir de grandes choses.
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