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Delphic - Acolyte

lundi 11 janvier 2010

Décalqué


Quand un groupe sonne trop clairement comme un autre, cette envahissante comparaison peut nuire au plaisir, voire même au discernement. Par exemple, j’ai au début tellement associé Interpol à Joy Division que j’ai trouvé Antics bien mièvre. J’ai depuis révisé mon avis et trouvé des qualités propres à la bande de Paul Banks.

Au début donc, l’ombre de New Order plane tellement au-dessus des Delphic que cette décalque semble un peu inutile. Cette impression est née après trente secondes de concert du Pukkelpop. Les éruptions de guitare, le son de cette guitare (Doubts), les gimmicks de voix samplée, il ne manque aucun bouton de manchette dans leur costume pour être le tribute-band idéal, pas même une origine de Manchester. Etrangement, c’est le son tellement caractéristique de la guitare qui est connoté, pas celui pourtant mille fois copié de la basse de Peter Hook.

L’autre défaut potentiellement rédhibitoire, à savoir des morceaux interminables qui pourtant ne commençaient jamais vraiment, est moins patent ici que lors de leur prestation sur la plaine limbourgeoise : parce qu’on peut faire autre chose que se balancer mollement une bière à la main. Ce n’est pas de la musique taillée pour la scène si vous voulez mon avis et c’est en tant qu’accompagnement qu’elle prend son sens. Parce qu’elle n’est pas assez vitaminée pour viser le dancefloor ou assez complexe et travaillée pour être évocatrice. On sent néanmoins que plusieurs morceaux pourraient clairement servir de terrain de jeu à quelques remixers (Boyz Noize, 2 Many Dj’s, Optimo, M.A.N.D.Y., un peu tous les genres). Donc c’est en « support » que je l’ai le mieux appréciée. Quoi qu’il en soit, certains morceaux peuvent toujours apparaître comme longuets (Counterpoint).

Vous avez compris qu’il y a les limitations d’usage. Et d’un strict point de vue plaisir d’écoute donc ? La musique de Delphic est de celles qui ne vous laisseront jamais perplexe. C’est uniformément bien emballé, et ils ne s’aventurent pas dans des styles qui ne leur conviennent pas et certains morceaux sont sortis de leur torpeur linéaire par des soli de guitare.

La plage titulaire, semblant lorgner du côté du premier The Fields, aurait également profiter de plus de concision. Ces 8 minutes paraissant en comporter 3 de trop. Le retour de la voix sur le morceau (Halcyon dont la progression initiale pourrait se trouver sur le dernier Bloc Party) suivant nous fait constater qu’elle ne nous avait pas manqué. Et que les refrains légers et poppy, ce n’est pas trop notre truc. Les chants trop diaphanes de Remain non plus d’ailleurs. A moins qu’ils ne soient plus abstraits comme sur This Momentary qui lui peut, si on utilise son chausse-pied à références, évoquer Underworld. D’une manière générale, le chant de Delphic manque de charisme, ce qui constitue un certain handicap. La voix est agréable mais assez quelconque et manque de présence et de tripes. L’interprétation trop en retrait, ne créera pas l’émoi. On terminera en disant que ça se prend aussi parfois pour du Fischerspooner (le début de Clarion Call, les claviers, les voix doublées délicates).

Donc ils arrivent à sortir du carcan eighties avec un certain bonheur. On s’éloigne de l’hommage dans ces cas-là . On reste donc partagés entre l’idée que ça n’apporte rien de neuf mais que c’est au moins aussi bon que les dernièreslivraisons de New Order. Qui n’étaient pas loin s’en faut les meilleures je vous l’accorde. On a bien déjà entendu ça et là quelques petits cris enthousiastes à l’évocation de Delphic. Si le produit est très loin d’être toxique et se révèle même fort agréable à l’oreille, il ne fait qu’un peu dépoussiérer ce que d’autres ont au moins aussi bien fait il y a 20 ans en ajoutant un son qui s’inspire parfois de tendances actuelles de l’électronique. C’est ce qui condamne cet album à une postérité pour le moins problématique mais ne devrait pas vous décourager de l’écouter ici et maintenant.

http://www.delphic.cc/


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