vendredi 12 octobre 2012

Permiers de classe
A l’heure des revivals simultanés ou plus rien ne peut être ringard, il est bon d’entendre de la musique de notre époque. Et même si on n’y détecte rien de futuriste, la musique de Grizzly Bear est assurément moderne, parce qu’on y trouve des traces de plein de choses connues et reconnues comme une forme personnelle de rock psychédélique (ce qui est plus visible quand le rythme de Speak In Rounds est plus soutenu). Mais Grizzly Bear, c’est surtout une ‘patte’, une personnalité. Qu’on reconnait à ces sons de guitare, pas vraiment des riffs, venus de nulle part et qui viennent zébrer d’éclairs des morceaux où les harmonies vocales sont reconnaissables entre toutes.
Comme souvent dans les grands groupes, les membres sont éminemment créatifs et utilisent leur talent dans de nombreux projets. On a peu parlé de l’EP solo de Daniel Rossen, pourtant tout à fait à la hauteur de ce qu’on a entendu de lui chez Grizzly Bear ou Department Of Eagles, autre side-project de qualité. J’ai déjà dit tout le bien que je pensais de l’album de Cant, prête-nom du bassiste Chris Taylor. On le voit, ils ne sont pas avares de leurs talents, et c’est leur conjonction qui fait la réussite du mélange.
Il y a deux albums de ça, Yellow House était un album complexe, acoustique mais tortueux, aussi opaque parfois que les premiers Animal Collective. Ce qui est ma mauvaise explication pour être un peu passé à côté, même si un morceau comme Knive était vraiment marquant. Veckatimest était peut-être moins captivant en moyenne, mais comportait Two Weeks, morceau maintenant classique et à ce titre largement (contre ?)-employé. Shields apparait comme plus constant, plus compact (Adelma), rock et tendu. On leur découvre une ampleur nouvelle sur Half Gate, ainsi qu’un Simple Answers qui monte par étages. Il faut bien ça aussi pour sortir Sun In Your Eyes de sa torpeur et ainsi nous quitter en fort bons termes.
Shields n’est donc pas n’est pas toujours tortueux, et The Hunt ou Yet Again sont presque des chansons ‘normales’, mais transcendées par une folie latente, pas si éloignée des soubresauts d’un Menomena, et avec la même classe impalpable que les Fleet Foxes. On le voit par le vocabulaire employé, on évoque beaucoup le non-dit, l’implicite. Parce qu’il y a toujours cette part d’impondérable, cette adhésion personnelle qu’il est difficile de mettre en mots.
Il arrive un moment à l’école, à l’université, ou le premier de classe est découvert depuis bien longtemps, où les excellentes notes sont l’habitude. On ne le félicite même plus pour ses résultats, parce qu’on sait qu’il cartonne. C’est un peu ce qui arrive à Grizzly Bear, qui collecte les louanges de façon ordinaire. Il ne faut donc pas perdre de vue que ce Shields est peut-être encore meilleur en moyenne que Veckatimest. Sans doute qu’il manquera LE titre qui passera dans le domaine public, mais sa présence au tableau d’honneur se justifie pleinement.
On ne maintient pas ce genre de classement, mais il est clair que certains artistes ont toujours eu la cote et ont empilé les étoiles ici. Ce huitième album (c’est le ’Op.8 dans le titre) de The Wooden Wolf ne va pas refroidir notre enthousiasme à son égard comme on va le voir.
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