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A Place To Bury Strangers - Transfixiation

mercredi 11 mars 2015


De certains groupes on attend plus. On n’attend pas qu’ils montrent la voie mais il semble qu’on les ait investis d’une mission du gardiennage d’une caractéristique dont on veille jalousement à la préservation.

Le premier album d’A Place To Bury Strangers était un choc, ou au moins une violente secousse sonore. Certes, ils ne manquent pas les groupes extrêmes et autres radicalistes musicaux. Pourtant, à l’inverse de formations comme Morbid Angel ou Napalm Death qui ne sortiront jamais du landerneau trash, APTBS (appelons-les par leur sigle) s’adressait à nous, à savoir les fans de rock indépendant qui apprécient aussi les climats froids. On les a donc très vite adoptés et on a depuis guetté la moindre incartade potentielle.

Ce qui a plu chez ces New-Yorkais est le mélange d’une tradition facilement identifiable qui va en gros des premiers Joy Division à My Bloody Valentine ou Jesus And The Mary Chain et d’une épaisse couche de son qu’on ne peut même plus qualifier de distordu. Et pour cause, le groupe est aussi une vitrine de l’autre activité du chanteur-guitariste Olivier Ackermann, à savoir la confection de pédales d’effets sous le romantique nom de Death By Audio.

Donc, toute déviation de la droite ligne bruitiste serait vue comme une trahison de la part d’un auditorat pour le moins intransigeant auquel je me vois contraint de m’associer. Alors, trouve-t-on sa dose de papier de verre sonore sur ce quatrième album ? Tout d’abord on pense que non, qu’il y a de l’assagissement dans l’air, que le précédent Worshipa amorcé une voie irréversible vers une new-wave garage propre sur soi (tout est relatif) qui avait pourtant séduit.

Et puis au fil des écoutes, on doit bien avouer qu’il reste bien des choses à même de rebuter le fan de folk baba lambda. Les sons ajoutés à Straight restent bien grinçants, I Will Die est aussi à la limite de la noirceur bruitiste absolue. Mais finalement, ce qui déconcerte, c’est que ce n’est pas nécessairement ces marqueurs forts qui impressionnent le plus. Il faut cette couche de gros son qui vrille pour le rendre plus intéressant mais ce n’est pas pour autant que les morceaux sont dénués de talent d’écriture. Il y a en effet de vraies mélodies pour les sous-tendre. Now It’s Over est un brillant exemple.

Ils peuvent aussi s’appuyer sur une lourdeur extrême sur Deeper. Mais encore une fois, il y a eu par le passé de tels chocs dans le slow crépusculaire (l’apocalypse lente de The Falling Sun sur le premier album) qu’on ne peut que constater un recul. Donc, on est contents de retrouver le son bien abrasif mais ce n’est pas dans les morceaux les plus intéressants qu’on le retrouve. Au final, on ne regrette pas tant un affadissement pas vraiment manifeste qu’une trop faible densité en morceaux passionnants. Il faut en effet la rencontre d’une personnalité sonore et de compositions marquantes pour qu’on puisse retrouver l’urgence des débuts et c’est le cas moins souvent sur ce Transfixiation. La relative déception vient de là , pas d’une hypothétique trahison.


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