lundi 2 février 2009, par

Fais comme l’oiseau
Par définition, c’est des artistes subtils dont il est le plus difficile de parler. Et Andrew Bird est de ceux-là. Parce qu’il est difficile de le comparer même si on peut prévoir sans trop d’erreur à qui il pourra plaire. Pour situer sa carrure aux Etats-Unis, un coup d’œil au nom des salles où il joue est instructif. On n’y constate que des grands théâtres, souvent avec des places assises. Pas de petites salles qui foisonnent, pas les halls de sport désincarnés non plus. Ce sont des environnements qui conviendraient de toute façon moins à sa musique aérienne, subtile et littéraire.
Depuis qu’il a dissous ses Bowls Of Fire, Andrew Bird a l’habitude d’avoir une aide limitée, souvent consignée au seul multi-instrumentiste-bidouilleur de talent Dosh (le Remi Bricka de l’indie selon Paulo). C’est donc sa seule maestria qui est à l’œuvre, et on constate l’étendue de son talent, sa versatilité aussi. Un morceau comme Masterswarm est exemplaire. Il commence comme un José Gonzalez, entendez avec une seule voix haut perchée et la guitare acoustique, commence à chalouper pour carrément se faire langoureux. Pas de montée chez lui, mais des variations bien senties, des transitions fluides et impeccables d’une partie de morceau à l’autre. On a en un morceau bien des facettes de son talent de violoniste (on n’est pas toujours loin du violon jazz), et c’est sans doute parce qu’il est capable de ça qu’il nous est autant indispensable. L’utilisation en est d’ailleurs assez personnelle, n’étant pas des riffs (dans lesquels il excelle sur son insurpassable Fake Palindromes daté de 2004) ni des nappes. Et puis il est un des rares artistes dont un riff ou une montée peut très bien s’articuler en sifflant. Non seulement c’est facile d’apparence, mais il siffle littéralement.
Comme sa musique, la description se fera par touches, en pointilliste. Et sa palette peut changer au sein même d’un morceau. Par exemple, l’intro d’Effigy comprend un mélange de pizzicatos et de violons proprement dits, alors que le morceau s’articule autour d’une guitare déliée et d’un violon presque bluegrass. Nomenclature quant à lui explose en une intensité qui fait plaisir à entendre. Et la maitrise du retour au calme est soufflante. Même s’il n’a pas la flamboyance d’un Patrick Wolf ou Final Fantasy, il n’est pas possible de le classer dans les dépressifs chroniques tant il y a de l’abattage sur un Fitz and the Dizzy Spells qui m’évoque The Hidden Cameras. Et ses procédés ne virent pas au tic puisqu’on peut sur Not A Robot, But A Ghost entendre une syncope qui tranche un peu sur le reste. Dans les satisfactions supérieures au reste, il y a le petit riff de Tenuousness est impeccable de retenue et de tenue. Ne jamais trop en faire est aussi une des raisons pour lesquelles on peut revenir indéfiniment vers Andrew Bird.
De petits intermèdes instrumentaux laissent respirer un album qui, vous l’aurez deviné, se déguste comme un tout et se termine presque comme un morceau baroque sur l’inversé On Ho ! qui témoigne de son goût assez particulier pour les jeux sur les mots et palindromes en tous genres. D’ailleurs, on retrouve son amour des mots compliqués ou néologismes comme Anonanimal. J’avoue souvent me perdre dans les méandres de sa poésie tordue. Pas besoin de ça pour apprécier la discographie du bonhomme, même si l’impression de manquer quelque chose m’est un peu frustrante.
Malgré de petites chutes de régime à gauche et à droite, l’album maintient assez le cap. Et comme pour le précédent, il y eut un très grand nombre d’écoutes avant que je ne vous livre mes impressions. On réécoute le tout et on goûte chaque morceau, chaque arrangement, chaque intonation. Et on se sent chez soi chez lui. On sait qu’on ajoute un album à nos familiers et que le suivant en fera aussi partie. Une fois la critique publiée cependant, les morceaux s’écoutent moins, puisqu’ils se conçoivent mieux lors d’une écoute exhaustive
Ce Noble Beast est sans doute un peu plus froid et moins flamboyant que les deux précédents (désolé je ne connais pas les antérieurs à ceux-là), et c’est sans doute ce qui le rend moins viscéralement attachant. Mais comme il est encore plus fin, plus discret, évanescent, il n’en est que plus indispensable. Andrew Bird est un grand, tout simplement.
On a toujours apprécié les EP complémentaires, en tous cas bien plus que les rééditions augmentées sensées nous faire passer deux fois à la caisse avec du matériel connu. Les 29 minutes de ce Kid’s Table se profilent donc comme le prolongement idéal du Five Dice, All Threes de l’an passé.
Assez logiquement, il pratique la même veine riche et ample qui nous avait plus. A cet égard, la plage (…)
Sur le nom d’Elie Zoé n’a pas encore figuré sur ce site (à l’exception de trois brèves), on peut tout de suite le raccrocher à l’équipe de Coilguns. C’est en effet avec son collaborateur de toujours Louis Jucker qu’il a constitué un studio d’enregistrement pour ce nouvel album et le batteur Luc Hess est également de la partie. Constitué de récupération et situé chez Humus Records, cet (…)
Si les évolutions du style de Marissa Nadler se sont faites par petites touches, elles ont été manifestes au long des dix albums (tous critiqués par nos soins depuis le premier) et continuent. Mais le chemin n’est pas linéaire non plus, cet album ne se plaçant pas dans la lignée directe de son prédécesseur (The Path of The Clouds) tout en ne revenant pas non plus à ce qui a précédé.
Après (…)
Les énervés suisses de Coilguns sont décidément déconcertants. Outre les albums de leur groupe de base qui a pu nous réjouir, ils ont en sus de passionnantes carrières parallèles qui s’éloignent de l’épicentre dans des directions différentes. Encore plus radicales avec Trounce, expérimentale mais plutôt pop avec Louis Jucker, presque folk avec Elie Zoé (on en reparle à la rentrée) et (…)