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Danger Mouse & Daniele Luppi - Rome

mardi 24 mai 2011, par Laurent

Inconscient collectif


On a tous en nous quelques fragments d’Italie, un relent de dolce vita au détour d’un soleil vermillon, d’un soupçon de basilic et d’origan mêlé à l’odeur des tomates fraîches. Ce sont les lenzuola di lino qui pendent à la fenêtre d’une façade ocrée, les cris des enfants qui jouent à s’arroser dans la cour. Un peu d’art antique qui se confond au son des mandolines, beaucoup de renaissance à l’eau potable des fontaines. Et bien sûr il y a le cinéma ; la sonnerie édulcorée des telefoni bianchi et la bouche de Gina Lollobrigida, suave comme une pêche juteuse ; Marcello Mastroianni qui dévore sa pastasciutta avec un flegme viril ; un insert de Sergio Leone qui prend tout son temps pour dompter l’œil ; un vélo volé dans une banlieue populaire.

On a tous en nous ces bandes-sons pleines de mystère comme de lumière rouge, aux cordes paresseuses et aux chœurs douloureux, dussent-elles accompagner la marche pour la survie d’un cow-boy au milieu du désert ou une virée en cabriolet en fin d’après-midi. C’est à ces musiques, gravées à jamais dans l’inconscient collectif, que Danger Mouse a voulu rendre hommage en associant sa patte magique à la griffe autochtone du compositeur Daniele Luppi. Sur “Rome”, on entend donc beaucoup de guitares enfumées, de percussions gominées, d’orgues en daim retourné, et puis surtout des voix spectrales déclinées comme de purs instruments ; même celle, légendaire, de la soprano Edda dell’Orso, qu’Ennio Morricone avait fait ululer pour la dernière fois sur le thème de “Il Buono, Il Brutto, Il Cattivo”.

Autre intérêt du disque, et pas des moindres, une petite moitié des titres sont en fait de vraies chansons, partagées entre les organes sensuels de Jack White et Norah Jones. Cette dernière joue les cow-girls pop en chevauchant des montures de carrousel (Problem Queen) ou s’ébat sur le genre de groove charnel qui avait fait de 1969 une année érotique (Black, Season’s Trees) ; mais c’est l’ex-White Stripes qui apporte ici la vraie plus-value. Son chant crépusculaire emmène la musique du côté du film noir (The Rose with a Broken Neck) ou dans un duel, ensoleillé ou non, au cours duquel les adversaires se toiseraient en champ / contrechamp pour savoir lequel est le plus sexy des trois (Two Against One). On admire en tout cas l’aisance avec laquelle White maîtrise son sujet, dans la lignée de son inoubliable contribution à l’univers james-bondien.

Ne nous y trompons cependant pas : le savoir-faire qui éclate ici encore est bien celui de Danger Mouse, incorrigible Midas dont le toucher est totalement identifiable. Grand habitué du travail en binôme, Brian Burton a ce talent inimitable pour rendre un son ultra léché sans l’aseptiser ; et sur ce disque qui semble conçu comme une vraie B.O., la technique atteint sa véritable perfection. The Gambling Priest sonne comme du western-spaghetti arrangé par Jean-Claude Vannier, The Matador Has Fallen ou Her Hollow Ways pourraient accompagner n’importe quelle image et jouer les trèfles à quatre feuilles pour tout réalisateur qui refuse d’infliger à son public la torture par le vide des néo-néo-néo-réalismes. Grâce à Daniele Luppi et son génie d’acolyte, on est plutôt transporté dans la péninsule des fantasmes et de la suggestion. En voici une pour finir : écouter “Rome” et mourir.

Article écrit par Laurent

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2 Messages de forum

  • Danger Mouse & Daniele Luppi - Rome 25 mai 2011 16:03, par Paulo

    D’après ce que j’avais lu, j’en attendais beaucoup de bien mais au final j’ai trouvé ça un peu léger, peut-être à l’image de ces BO de vieux films justement, sauf qu’à force de pasticher on en perd l’âme, le manque d’un véritable thême plus enlevé se fait sentir.

    Comparé à Dark night of the soul, ceci sonne plus easy listening et plus plat.
    Il y a de bons morceaux qd mm comme Problem Queen et c’est vrai que la voix de Jack White apporte plus de grain mais on est à quelques lieux du voyage que l’on a pu faire avec Vic Chesnutt par exemple.

    Sinon au niveau esprit ça se rapproche également du Lovage de Dan The Automator, mais Rome ne me semble pas aussi marquant.

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  • Écouté deux fois d’affilée un lendemain de veille, l’album m’a paru splendide et le surlendemain aussi !

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