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Sufjan Stevens - The Ascension

mercredi 21 octobre 2020, par Marc


Il ne doit pas être facile d’être un fan de Sufjan Stevens tant sa versatilité peut se révéler compliquée à suivre. Quoiqu’avec un peu de recul, on peut discerner des tendances. Après avoir mis absolument tout le monde d’accord avec le sublime Carrie and Lowell, il avait déjà emmené ses morceaux vers un psychédélisme qui leur allait très bien au teint avant de produire avec ce Lowell un album plutôt ambient et plutôt ennuyeux.

Sa trop commentée volonté de faire un album par état n’était pas réaliste non pas à cause d’une ambition démesurée mais précisément parce qu’elle ne pourrait pas contenir la somme de ses envies et possibilités. Et quand il se lance dans un style, il ne va pas juste ajouter quelques gimmicks pour faire son intéressant. L’ambition démesurée est plantée dès Make Me An Offer I Cannot Refuse, sorte de r ‘n b de l’espace qui évolue par tranches, gardant une intensité sous-jacente assez phénoménale. On note aussi la présence de Bryce Dessner de The National.

Le son épais et léger à la fois convient bien à des morceaux délicats comme sur la ballade éthérée Run Away With Me mais les rends plus hermétiques à l’émotion pure. Cet album semble aussi par moments (Goodbye to All That) être son propre remix. Avec un résultat différent, la démarche n’est peut-être pas très éloignée de celle de Radiohead. Ou celle de Bon Iver quand il a quitté les merveilles de sa cabane pour trouver un son unique. Mais contrairement à ces deux exemples, l’évolution de la discographie est plus volontairement versatile.

Jamais l’esprit ne se serre comme il a pu le faire par le passé mais c’est à peine le but. Album synthèse alors ? Même pas, inutile de tenter ce concilier toutes ses envies en une de toute façon. Oui, on imagine que Video Game pourrait être poignante en guitare-voix. C’est aussi quand ces mélodies se fondent en nappes qu’on est le plus emportés par Lamentations, et il a su garder son potentiel de douceur intact sur la plage titulaire. Ativan se délie dans des percussions et une dansabilité qu’on aurait pensé plus à sa place chez Caribou

Ses mots ciselés (certes moins que souvent, volontairement semble-t-il) peuvent aussi être une matière première malléable à l’envi, façonnés par le son qui les encapsule. Il peut ainsi décliner Die Happy pour construire avec cette simple phrase (et non autour d’elle) un morceau fait pour hanter et qui y arrive presque.

Plutôt que l’ambition de cathédrale qu’était The Age of ADZ, on pense aussi au son nouveau et emballant de Bright Eyes le temps de l’éphémère Digital Ash for a Digital Urn. On le sent sur Tell Me You Love Me même il n’atteint presque jamais la perfection d’unI Believe in Symmetry.

On peut aussi momentanément décrocher (Ursa Major), il y a tout de même vers le milieu une petite série de morceaux qui peinent à marquer malgré une densité de son appréciable (Gilgamesh). 80 minutes, c’est clairement trop. Mais la fin de l’album redresse la barre de (forcément) spectaculaire manière. Le temps est l’allié de Sugar pour ceux qui auront cette patience. Et on termine presque logiquement avec un morceau hors-format (12 minutes 30) qui s’inscrit logiquement dans un article que j’ai toujours eu l’intention d’écrire mais qui délaisse la fin épique habituelle des autres exemples du genre pour un apaisement bienvenu après ce copieux menu. C’était le single annonciateur de l’album en juillet, ce qui donne une idée de l’esprit aventureux du garçon.

Evidemment, tout ceci est bien copieux, voire trop, comme presque toujours avec lui. On va dire que ça fait partie sinon du charme, à tout le moins de ses caractéristiques. Mais rarement on a autant l’impression d’une créativité à l’oeuvre, quitte à jouer contre ses propres forces. Et tant pis si l’auditeur n’est pas au centre des préoccupations.

Article Ecrit par Marc

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