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Andrew Bird - Norman (OST)

jeudi 15 décembre 2011

En toute logique


Bon sang mais c’est bien sà »r ! Faire signer une BO par Andrew Bird, ça tombe sous le sens. Il est donc étonnant que ce soit la première fois qu’on ait droit à une contribution complète du Chicagoan. Certains se sont évidemment déjà fournis chez lui, mais pas pour un exercice original. Pour l’amateur, c’est un os à ronger en attendant un album prévu pour le début de 2012 qui s’appellera Break It Yourself.

Ses chansons tarabiscotées présentent en effet un pouvoir de suggestion certain, et le son de violon tellement personnel de l’Américain peut sans problème créer des ambiances soit feutrées ou plus inquiétantes. Scotch And Milk est en tout cas identifiable entre mille, et on en vient à penser qu’il faut une fameuse personnalité pour que le son de violon (même sans ses pizzicati) soit reconnaissable. Il peut même faire l’impasse sur son instrument fétiche et se contenter de siffler (Night Sky), c’est dire…

Comme Benjamin Biolay a eu l’occasion de le montrer, le talent ne dépend pas du cadre de l’exercice, il peut aussi s’exprimer en roue libre. Mais contrairement à l’album du Français, plus orienté ‘chansons’ et enrichi de morceaux qui sortent du cadre du film, cet OST fait la part belle aux instrumentaux. Il y a cependant de ‘vraies’ chansons, limpides et impeccables comme Arc and Coulombs ou Night Sky, ou encore des morceaux qui préexistaient, comme l’excellent Dark Matter tiré d’Armchair Apocrypha.

On ne sera complet que quand on aura identifié les morceaux qui ne lui sont pas dus, comme un petit Chad Vangaalen de derrière les fagots. Je me souviens avoir eu une très bonne impression du Canadien en concert il y a cinq ans. On notera aussi la présence d’un morceau de The Blow (S.O.S.), dont un des deux membres est devenu plus connu sous le moniker de Yacht. Le terrifiant Wolf Parade You Are a Runner and I Am My Father’s Son (leur premier album dont il est tiré reste un jalon de la décennie précédente) est ici proposé dans une version plus apaisée, où la patte de Spencer Krug est plus marquée. Dan Boeckner, l’autre tête pensante du groupe, devait regarder ailleurs. Le morceau reste bon, mais il ne fait plus trembler comme avant, à l’entame de l’album ou de leurs prestations live dévastatrices. Sans doute que le film s’y prêtait mieux. N’oublions pas que nous parlons d’une musique de film sans son support visuel, donc plusieurs plages peuvent perdre en force évocatrice

On est toujours contents d’avoir de (bonnes) nouvelles des artistes qu’on apprécie. En route vers un album très attendu, Andrew Bird s’est prêté à l’exercice de la musique de film avec une certaine réussite, tant ce cadre semble convenir à sa patte reconnaissable.

http://www.andrewbird.net/


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